Réunis à Strasbourg, les députés européens ont adopté à une large majorité l'accord douanier conclu entre Bruxelles et Washington. Le scrutin a recueilli 440 voix pour, 151 contre et 50 abstentions. Ce vote marque l'aboutissement d'un processus engagé à l'été 2025, lorsque le président américain et la présidente de la Commission européenne étaient parvenus à un compromis lors d'une rencontre en Écosse.
Un équilibre négocié sous pression
L'accord prévoit une réduction des droits de douane sur la plupart des produits industriels et agricoles américains importés dans l'UE. En contrepartie, Washington s'engage à plafonner à 15 % les taxes imposées sur les biens européens. Cette entente vise à désamorcer les tensions commerciales qui ont marqué les relations transatlantiques depuis le retour à la Maison Blanche du dirigeant républicain.
Le président de la commission du commerce du Parlement européen, Bernd Lange, a estimé que des garde-fous importants avaient été obtenus pour préserver les intérêts européens. « Sous une pression considérable, nous avons sécurisé des garde-fous importants pour maintenir les intérêts européens sur la bonne voie », a-t-il déclaré. Il a également promis une surveillance étroite de la mise en œuvre de l'accord.
Des clauses de protection inédites
Face aux inquiétudes suscitées par les méthodes de l'administration américaine, les eurodéputés ont négocié plusieurs mécanismes de sauvegarde. Une clause de caducité prévoit l'expiration automatique de l'accord à la fin de l'année 2029, soit après la fin du mandat présidentiel en cours, à moins qu'une prolongation ne soit votée d'ici là.
Par ailleurs, la Commission européenne disposera d'un pouvoir de suspension du pacte si les surtaxes de 50 % imposées par Washington sur des centaines de produits contenant de l'acier et de l'aluminium ne sont pas levées d'ici la fin de l'année. Ces dispositions visent à protéger l'UE contre d'éventuelles nouvelles pressions tarifaires.
Un contexte de tensions persistantes
Les relations entre les deux rives de l'Atlantique se sont dégradées depuis plusieurs mois. Le locataire de la Maison Blanche a multiplié les menaces : tentative d'annexion du Groenland, attaques contre les régulations numériques et environnementales européennes, sanctions contre d'anciens responsables européens, et taxes punitives sur l'automobile et l'acier. Plus récemment, il a brandi la menace de surtaxer le champagne et les autres vins français si Paris ne renonçait pas à sa taxe sur les services numériques.
L'UE disposait jusqu'au 4 juillet pour finaliser sa partie de l'accord, sous peine de voir Washington imposer de nouvelles mesures de rétorsion. Le vote du Parlement européen permet de respecter ce calendrier.
Réactions du secteur industriel
La fédération allemande de l'industrie automobile (VDA) a salué la décision et appelé à une mise en œuvre rapide des mesures. Sa présidente, Hildegard Mueller, a souligné que des conditions d'exploitation fiables sont d'une importance capitale pour les entreprises du secteur.
Le vice-président de la Commission européenne, Stéphane Séjourné, a qualifié le vote d'« étape importante » qui offre une occasion de renforcer la position européenne face aux États-Unis.
Un chemin semé d'embûches
L'accord initial, conclu en août 2025, laissait de nombreux détails juridiques en suspens. Une décision de la Cour suprême américaine, qui avait annulé une partie des droits de douane imposés par l'administration Trump, avait également provoqué des retards dans les négociations. Le texte adopté mardi par les eurodéputés vise à clarifier ces aspects et à offrir un cadre stable pour les échanges commerciaux à venir.