Le 10 juin, le président de la République a officialisé la nomination du physicien Thierry Dauxois à la tête du CNRS, le premier organisme de recherche français qui emploie 33 000 personnes. À 58 ans, ce spécialiste de la physique non linéaire et de la physique statistique succède à Antoine Petit, dont le mandat s'achève.
Thierry Dauxois n'est pas un inconnu au sein de l'institution. Recruté en 1994 après un doctorat à l'École normale supérieure de Lyon, il y a passé l'essentiel de sa carrière. Ses travaux l'ont conduit à séjourner au Laboratoire national de Los Alamos (États-Unis), à Florence (Italie) et au Scripps Institution of Oceanography de San Diego (États-Unis). Au sein du CNRS, il a dirigé le Laboratoire de physique de l'ENS Lyon de 2012 à 2020, puis a occupé le poste de vice-président recherche de l'ENS Lyon de 2020 à 2021. Depuis 2021, il dirigeait l'Institut de physique du CNRS (CNRS Physique). Un profil interne a donc été privilégié, face à deux autres candidats issus d'universités ou de grandes écoles.
Un contexte budgétaire difficile
Le nouveau président-directeur général prend ses fonctions dans une période marquée par de fortes contraintes financières. Le CNRS affiche un déficit de 219 millions d'euros pour l'année 2026. Le Premier ministre, Sébastien Lecornu, a annoncé fin mars une réduction supplémentaire de 20 millions d'euros des sommes déjà allouées aux laboratoires pour l'exercice en cours. Cette situation a provoqué des inquiétudes parmi les chercheurs : dès le lendemain de la nomination de Thierry Dauxois, une manifestation a été organisée à Paris et dans plusieurs régions pour protester contre les restrictions budgétaires.
Son prédécesseur, Antoine Petit, a alerté publiquement sur le risque d'une « spirale vicieuse » liée au manque d'investissement de la France dans la recherche scientifique. Il a chiffré à 500 millions d'euros le montant des charges obligatoires non compensées par l'État depuis octobre 2024. Les conséquences sont déjà visibles : moins de stages financés, des projets scientifiques abandonnés et des équipements non remplacés.
Des ambitions pour la recherche française
Dans un entretien accordé après sa nomination, Thierry Dauxois a défendu le rôle central du CNRS. « Le CNRS est un outil indispensable pour la souveraineté de la France », a-t-il déclaré, soulignant l'importance de la recherche fondamentale pour l'indépendance technologique et scientifique du pays. Il a également insisté sur la nécessité de préserver les moyens alloués à la recherche dans un environnement budgétaire contraint. « La France est un grand pays scientifique », a-t-il rappelé, plaidant pour un maintien des investissements malgré les difficultés.
Le nouveau dirigeant hérite d'une maison qu'il connaît bien, mais il devra faire face à des choix douloureux pour équilibrer les comptes tout en maintenant la dynamique de recherche. Les prochains mois seront décisifs pour l'avenir du premier organisme de recherche français, confronté à des défis budgétaires inédits.