Une nécropole sous-marine aux dimensions inédites
Une équipe scientifique internationale a révélé l'existence de ce qui est désormais considéré comme le cimetière de cétacés le plus étendu et le plus profond jamais identifié. Le site se trouve dans la zone de fracture Diamantina, une région sous-marine de l'océan Indien du sud-est caractérisée par une succession de dorsales et de fosses. Selon les travaux publiés dans la revue Nature, la zone funéraire s'étire sur environ 1 200 kilomètres de long et atteint une profondeur de 7 kilomètres.
Des fossiles vieux de 5,3 millions d'années
Au cours de 32 plongées submersibles, les explorateurs ont prélevé des échantillons sur 485 sites de chutes de baleines – à la fois des carcasses actuellement en décomposition et des ossements fossilisés. Parmi les découvertes les plus marquantes figure le crâne fossilisé d'un Pterocetus benguelae, une espèce de baleine à bec qui vivait il y a 5,3 millions d'années. Le plus grand spécimen retrouvé est le squelette complet d'un rorqual de l'Antarctique (Balaenoptera bonaerensis) long de 5 mètres. Un nouveau taxon a également été identifié et baptisé Pterocetus diamantinae, en référence au lieu de sa découverte.
Une biodiversité insoupçonnée
Les carcasses en décomposition constituent un véritable oasis de vie pour des organismes adaptés aux conditions extrêmes des grandes profondeurs. Méduses, vers et crustacés figurent parmi la communauté d'espèces qui se nourrissent de ces dépouilles. Les auteurs de l'étude soulignent que ces environnements, où la lumière est absente et la pression extrêmement élevée, pourraient abriter des espèces encore inconnues de la science. Le chercheur Xiaotong Peng, de l'Académie chinoise des sciences, a déclaré : « Découvrir une nécropole de cette ampleur était totalement inattendu. L'étendue, la profondeur et la gamme d'âge dépassaient de loin tout ce que nous avions imaginé. »
Des écosystèmes extrêmes à la loupe
Pour Giovanni Bianucci, de l'Université de Pise et co-auteur de l'étude, cette découverte « démontre que ces environnements extrêmes et inexplorés abritent des espèces et des écosystèmes encore inconnus de la science, et que nous sommes donc encore loin de comprendre la véritable biodiversité de notre planète ». Il a également noté que les fossiles offrent des informations uniques sur des cétacés « mystérieux et insaisissables », comme les baleines à bec.
Stephen J. Godfrey, du Calvert Marine Museum, a qualifié cette trouvaille de « découverte véritablement unique » dans un commentaire accompagnant l'étude dans Nature. Selon lui, le site « semblerait pouvoir receler de nombreuses autres découvertes passionnantes » et « inspirera sans aucun doute davantage de plongées submersibles dans des environnements similaires ». Il a comparé l'étude des chercheurs à « la bande-annonce du premier film d'une série de superproductions épiques », espérant que beaucoup d'autres suivront.
Cette nécropole sous-marine offre une fenêtre exceptionnelle sur le passé géologique et biologique des océans, tout en révélant la résilience de la vie dans des zones parmi les moins accessibles de la planète.