Le premier ministre chinois Li Qiang a ouvert mercredi l'édition estivale du Forum économique mondial, communément appelée « Davos d'été », dans la ville portuaire de Dalian, dans le nord-est de la Chine. Devant quelque 1 800 participants, le dirigeant chinois a adopté un ton offensif à l'égard des États-Unis et de l'Union européenne, tout en vantant la capacité d'innovation de la Chine, dans un contexte de tensions commerciales et géopolitiques croissantes.
Sans jamais nommer explicitement le président américain Donald Trump, Li Qiang a dénoncé « la volatilité n'a cessé d'augmenter, à mesure que les risques géopolitiques ont fait irruption les uns après les autres ». Il a également évoqué « les océans rouges contestés », une allusion transparente au conflit en Iran, qui fait partie des nombreux sujets de friction entre Pékin et Washington depuis le retour de Trump au pouvoir.
Une critique implicite des politiques occidentales
Le discours de Li Qiang intervient dans la foulée du sommet du G7 et de la réunion des chefs d'État européens à Bruxelles, deux rendez-vous qui ont vu les pays occidentaux durcir leur ton face à la Chine, notamment en matière technologique et commerciale. Sans citer directement les mesures de protection européennes ou américaines, le premier ministre chinois a laissé entendre que ces politiques contribuent à l'instabilité mondiale.
« Les turbulences provoquées par les grandes puissances ne doivent pas être sous-estimées », a-t-il poursuivi, dans une critique à peine voilée des États-Unis. Son intervention a été perçue comme une tentative de repositionner la Chine en défenseur de la stabilité et du multilatéralisme, face à ce qu'elle présente comme un unilatéralisme occidental.
L'Europe dans le viseur
Si les États-Unis étaient la cible principale, l'Union européenne n'a pas été épargnée. Le discours de Li Qiang intervient alors que les relations entre Bruxelles et Pékin sont au plus bas depuis l'imposition de droits de douane européens sur les véhicules électriques chinois. Le ton utilisé à Dalian laisse présager des discussions difficiles lors de la visite prévue la semaine prochaine du ministre chinois du Commerce à Bruxelles.
« L'Europe se protège, mais elle oublie que le commerce mondial ne peut prospérer dans un climat de défiance », a-t-il souligné, en référence aux barrières commerciales que l'UE a érigées. Cette déclaration intervient dans un contexte où plusieurs industries européennes, notamment l'automobile et les technologies vertes, sont directement concurrentes des entreprises chinoises subventionnées par l'État.
L'innovation chinoise comme rempart
Face aux critiques, Li Qiang a célébré les progrès de la Chine en matière d'innovation technologique. Il a présenté son pays comme un moteur de la croissance mondiale, capable de proposer des solutions aux défis climatiques et numériques. « La Chine n'est pas seulement un marché, c'est aussi un laboratoire d'innovation pour le monde », a-t-il affirmé.
Cette mise en avant de l'innovation vise à contrer les accusations de dumping technologique et de vol de propriété intellectuelle qui pèsent sur la Chine depuis plusieurs années. Le premier ministre a notamment évoqué les avancées dans les semi-conducteurs, l'intelligence artificielle et les véhicules électriques, secteurs où la Chine cherche à devenir leader mondial.
Un contexte de tensions exacerbées
Le Davos d'été se déroule dans un climat géopolitique particulièrement tendu. Les États-Unis ont récemment ajouté plusieurs entreprises chinoises à leur liste noire, tandis que l'UE a imposé des droits de douane sur les voitures électriques chinoises. La Chine a riposté en ciblant des entreprises américaines et en durcissant son discours diplomatique.
Le discours de Li Qiang s'inscrit dans cette escalade rhétorique. En critiquant ouvertement les politiques américaines et européennes, le premier ministre cherche à rassembler les pays du Sud global derrière la Chine, tout en envoyant un message clair aux capitales occidentales : Pékin ne cédera pas sous la pression.
Vers une normalisation des relations ?
Malgré le ton offensif de son discours, certains observateurs voient dans la participation de Li Qiang à ce forum un signe de volonté de dialogue. Le Davos d'été est une plateforme de rencontre informelle entre dirigeants économiques et politiques. La Chine chercherait à maintenir des canaux de communication ouverts, même en période de fortes tensions.
La visite du ministre du Commerce à Bruxelles, la semaine prochaine, sera un test décisif. Si les parties parviennent à s'entendre sur des sujets comme les surcapacités industrielles ou la propriété intellectuelle, une détente pourrait s'amorcer. Dans le cas contraire, la guerre commerciale sino-européenne, et sino-américaine, pourrait s'intensifier dans les mois à venir.
En conclusion
Le Davos d'été de Dalian a servi de tribune à Li Qiang pour lancer une charge diplomatique contre les États-Unis et l'Europe, tout en réaffirmant la place de la Chine comme acteur incontournable de l'innovation mondiale. Les prochaines semaines diront si ce discours musclé ouvre la voie à des négociations ou prépare le terrain à une escalade des tensions commerciales.