Le projet d'avion de combat franco-allemand, qui devait incarner la souveraineté européenne en matière de défense, est définitivement abandonné. Les deux capitales, qui peinaient depuis des années à s'accorder sur les spécifications techniques, le partage industriel et les coûts, ont officiellement acté la rupture du programme connu sous le nom de Système de combat aérien du futur (SCAF).

Des négociations au point mort

Lancé en 2017 avec l'ambition de concevoir un chasseur de nouvelle génération capable de rivaliser avec les appareils américains et chinois, le SCAF était devenu un symbole des tensions franco-allemandes sur les grands projets industriels. Les désaccords portaient notamment sur le rôle de Dassault Aviation et d'Airbus, sur les questions de propriété intellectuelle et sur la répartition des tâches entre les industriels français et allemands. Les tentatives de médiation au plus haut niveau n'ont pas permis de surmonter les blocages.

La France se tourne vers les Émirats

Dans ce contexte, la France a entamé des discussions exploratoires avec les Émirats arabes unis en vue d'un partenariat dans le domaine du combat aérien. Selon des sources proches du dossier, Paris voit dans Abou Dhabi un allié stratégique capable de partager les coûts de développement et d'offrir un marché à l'exportation. Les Émirats, qui cherchent à moderniser leur flotte aérienne, se sont déjà tournés vers le Rafale français, dont ils ont commandé 80 exemplaires en 2021.

Un échec aux lourdes conséquences

L'abandon du SCAF constitue un revers majeur pour l'ambition européenne d'autonomie stratégique. Les experts estiment que le coût total du programme, estimé à plusieurs dizaines de milliards d'euros, aurait permis de maintenir une filière industrielle de pointe et de réduire la dépendance vis-à-vis des États-Unis. L'Allemagne, de son côté, pourrait désormais se tourner vers des solutions américaines, comme le F-35 de Lockheed Martin, ou vers des partenariats avec d'autres pays européens. La France, qui dispose déjà du Rafale, mise sur une version améliorée de son appareil actuel tout en cherchant des partenaires pour un futur programme national. L'échec du SCAF relance le débat sur la capacité de l'Europe à mener de grands projets industriels communs dans le domaine de la défense, alors que les menaces sécuritaires se multiplient aux portes du continent.