Les chariots robotisés qui sillonnent les trottoirs de plusieurs villes pourraient prochainement devenir la norme pour les livraisons de repas et de courses. Une startup basée en Estonie, Starship Technologies, assure que ses engins ont désormais un coût d'exploitation inférieur à celui d'un coursier à vélo ou en scooters, marquant un tournant économique décisif pour le secteur.

La société, qui opère depuis plusieurs années dans des localités pilotes telles que Milton Keynes, en Angleterre, et des quartiers de San Francisco, aux États-Unis, a franchi ce seuil de rentabilité grâce à l'augmentation du nombre de commandes traitées et à la réduction des coûts de maintenance des flottes. Selon des données publiées par l'entreprise, le prix de revient d'une course effectuée par un robot serait aujourd'hui inférieur à celui d'un livreur humain, sans compter les économies liées à l'absence de charges sociales et de temps d'attente.

Un modèle économique désormais viable

Jusqu'à présent, le déploiement de robots de livraison se heurtait à un obstacle majeur : leur coût unitaire restait supérieur à la main-d'œuvre traditionnelle, même dans les pays à salaire élevé. Starship Technologies affirme avoir inversé la tendance en optimisant ses itinéraires et en faisant appel à un centre de télésurveillance où un opérateur peut superviser plusieurs machines simultanément en cas de situation complexe. Les robots, qui se déplacent à la vitesse d'un piéton, sont équipés de capteurs et de caméras leur permettant d'éviter les obstacles et de traverser les passages protégés.

Les retours d'expérience recueillis à Milton Keynes, une ville située à mi-chemin entre Oxford et Cambridge, illustrent cette évolution. Les habitants peuvent commander des plats, des boissons ou des articles de première urgence via une application dédiée, et un robot se rend au point de vente avant d'acheminer la commande jusqu'à leur domicile. Le système, qui fonctionne déjà avec plusieurs chaînes de restauration et supermarchés, connaît une adoption croissante.

Une expansion rapide et des limites persistantes

Au-delà du Royaume-Uni et des États-Unis, Starship Technologies a également lancé des opérations dans plusieurs campus universitaires nord-américains et dans quelques villes européennes. La société revendique aujourd'hui des centaines de milliers de livraisons réalisées et prévoit de doubler sa flotte d'ici la fin de l'année prochaine. Cependant, l'expansion se heurte à des cadres réglementaires variables : certains pays imposent une limitation de poids, une vitesse maximale stricte ou exigent la présence d'un accompagnateur humain à distance.

Les autorités locales de Milton Keynes ont, pour leur part, accordé une autorisation de circulation sur les trottoirs, à condition que les robots ne gênent pas la circulation des piétons et des poussettes. Des ajustements ont été nécessaires pour garantir la sécurité des personnes âgées et des personnes en situation de handicap, qui pouvaient initialement être surprises par l'approche silencieuse des engins.

Conséquences pour l'emploi et le commerce de proximité

La perspective d'une généralisation des robots-livreurs suscite des interrogations sur l'avenir des emplois de coursier. Le secteur de la livraison à domicile, en pleine croissance depuis la pandémie de Covid-19, emploie des centaines de milliers de personnes en Europe et en Amérique du Nord. Les syndicats et certaines associations de défense des travailleurs plaident pour une taxation des robots ou pour l'instauration d'un quota minimum de livraisons humaines.

De leur côté, les partisans de l'automatisation avancent que les robots permettent de réduire les émissions de gaz à effet de serre, puisqu'ils sont électriques, et qu'ils limitent les risques d'accidents de la circulation liés aux livreurs à scooters. Ils soulignent également que le nombre de tâches de remplacement créées (télésurveillance, maintenance, programmation) pourrait absorber une partie des emplois perdus.

Prochaines étapes technologiques

Starship Technologies n'est pas la seule entreprise à explorer cette piste. Plusieurs concurrents ont développé des robots capables de monter des escaliers ou d'ouvrir des portes, tandis que des constructeurs automobiles testent des véhicules de livraison autonomes plus imposants. La startup estonienne concentre toutefois ses efforts sur la robustesse et le faible coût unitaire, misant sur un volume élevé de courses courtes (moins de 3 kilomètres) pour rentabiliser son investissement.

À mesure que les batteries deviennent moins chères et que les capteurs se miniaturisent, la barrière économique continue de s'abaisser. L'entreprise estime que d'ici deux ans, les robots pourraient représenter la majorité des livraisons dans les zones urbaines denses où ils sont déjà autorisés. Reste à savoir si les pouvoirs publics et l'opinion publique suivront le mouvement.