Les forces armées britanniques ont intercepté et arraisonné un pétrolier soupçonné d'appartenir à la flotte fantôme russe dans la Manche, a annoncé le Premier ministre Keir Starmer. L'opération, menée dans la nuit de samedi à dimanche, a duré six heures et impliqué des commandos des Royal Marines, des agents du National Crime Agency ainsi que des moyens aériens de la Royal Air Force.

Le navire, identifié sous le nom de Smyrtos et battant pavillon camerounais, a été abordé par les forces britanniques. Selon des données de suivi maritime, le bâtiment se trouve actuellement au mouillage dans la Manche. Il sera provisoirement transféré vers un ancrage au large de la côte sud de l'Angleterre et fera l'objet d'une surveillance environnementale et sécuritaire, a précisé le ministère de la Défense.

Une opération « sans précédent »

Keir Starmer a qualifié cette interception de « coup porté à la Russie », déclarant que cette opération « rappelle à ceux qui alimentent la guerre de Poutine en Ukraine que nous ne les laisserons pas se cacher ». Le Premier ministre avait annoncé en mars que les forces britanniques étaient désormais habilitées à arraisonner les navires sanctionnés transitant par les eaux du Royaume-Uni.

Le secrétaire à la Défense, Dan Jarvis, a salué le « savoir-faire, le professionnalisme et le courage » des militaires engagés. « La Russie dépend de sa flotte fantôme pour financer son conflit en Ukraine, et notre intervention porte un coup à la guerre illégale de Poutine », a-t-il ajouté dans un communiqué.

Un réseau de contournement des sanctions

Depuis l'invasion de l'Ukraine en 2022, les pays occidentaux ont imposé des sanctions visant les exportations de pétrole russe, principale source de revenus de Moscou. Pour contourner ces mesures, la Russie utilise une flotte de plusieurs centaines de navires, souvent âgés et peu assurés, qui transportent du pétrole brut sous divers pavillons de complaisance.

Selon le ministère britannique de la Défense, cette flotte fantôme assure le transport de 75 % du pétrole russe sanctionné, fournissant ainsi une « bouée de sauvetage cruciale » au Kremlin. Il s'agit d'un réseau de plus de 700 bâtiments qui échappent aux mécanismes de plafonnement des prix mis en place par les pays du G7 et l'Union européenne.

Des sanctions déjà étendues

Le Royaume-Uni a imposé des sanctions à plus de 500 navires, interdisant leur entrée dans les ports britanniques ainsi que la fourniture de services financiers, d'assurance ou de courtage aux bâtiments impliqués dans le transport du pétrole russe. L'Attorney General Richard Hermer a souligné que le gouvernement entendait « poursuivre la flotte fantôme russe sous toute la force du droit international ».

Les revenus pétroliers et gaziers de la Russie ont diminué de 24 % en 2025 par rapport à l'année précédente, selon les données du ministère de la Défense, ce qui témoigne de l'impact des sanctions.

Une coopération européenne renforcée

Cette opération a été menée en étroite coordination avec les autorités françaises, a indiqué le ministère. Le président Emmanuel Macron avait annoncé le 1er juin que la marine française, avec le soutien d'un hélicoptère britannique, avait intercepté un pétrolier suspecté d'appartenir à la flotte fantôme. En janvier, les forces françaises avaient déjà saisi un autre navire, le Grinch, et en mars, le Deyna, battant pavillon mozambicain, avait été retenu à Marseille.

Le précédent du Smyrtos

Le Smyrtos est le premier navire de la flotte fantôme russe arraisonné par les forces britanniques en action directe dans la Manche. Le bâtiment était en transit dans une zone stratégique où transitent quotidiennement des centaines de navires commerciaux. Selon des experts, cette interception marque une escalade dans la stratégie occidentale de lutte contre le contournement des sanctions, en passant de mesures financières et diplomatiques à des actions militaires sur les eaux internationales.

L'opération s'inscrit dans un effort plus large des alliés pour tarir les financements de la guerre russe en Ukraine. Les autorités britanniques ont indiqué que l'enquête se poursuit et que des mesures supplémentaires pourraient être annoncées dans les prochains jours.