Le président du Somaliland, Abdirahman Mohamed Abdullahi, a achevé une visite officielle à Jérusalem, la première depuis qu'Israël a reconnu l'indépendance de ce territoire de la Corne de l'Afrique, six mois plus tôt. Cette étape diplomatique, marquée par la signature d'un accord de coopération stratégique, traduit la volonté des deux parties de dépasser le symbole pour établir un partenariat concret dans les domaines de la sécurité, du commerce et de la stratégie régionale.
Somaliland et Israël scellent un accord stratégique
Lors de son séjour, le dirigeant somalilandais a rencontré le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu et le président Isaac Herzog. Un accord de coopération stratégique a été signé à l'issue de ces entretiens, officialisant une relation que les deux camps souhaitent approfondir. Israël est le premier pays à avoir reconnu le Somaliland en tant qu'État souverain, une décision que M. Netanyahu a justifiée par une « sympathie naturelle » envers un peuple qui, comme le peuple juif, a longtemps cherché une reconnaissance internationale.
« Je suis ici en tant que président du Somaliland pour la première visite d'État jamais réalisée », a déclaré M. Abdullahi lors de sa rencontre avec M. Netanyahu. « Depuis 35 ans, nous demandons au monde de nous voir. Et Israël, vous-même, avez été les premiers à nous voir et à nous reconnaître. »
Les enjeux géopolitiques de la mer Rouge
Cette visite intervient dans un contexte de tensions accrues en mer Rouge, où les rebelles houthis du Yémen ont multiplié les attaques contre des navires commerciaux ces dernières années, perturbant l'une des routes maritimes les plus fréquentées au monde. Le Somaliland, qui contrôle une longue portion de côte sur le golfe d'Aden, fait face au Yémen et se trouve à proximité du détroit de Bab el-Mandeb, un point de passage stratégique entre la mer Rouge et l'océan Indien.
Pour Israël, qui a échangé des tirs avec les Houthis et vu le trafic maritime en mer Rouge gravement perturbé, la région revêt une importance stratégique croissante. Le rapprochement avec le Somaliland offre à l'État hébreu un accès privilégié à une zone clé pour la sécurité de ses approvisionnements et de ses échanges commerciaux.
Des implications régionales et une reconnaissance contestée
La reconnaissance d'Israël et cette visite officielle provoquent des réactions contrastées dans la région. La Somalie, qui considère le Somaliland comme une partie de son territoire, a fermement condamné l'initiative israélienne. La reconnaissance du Somaliland par Israël reste unilatérale : aucun autre État n'a emboîté le pas, et le territoire n'est pas membre des Nations unies.
Les analystes soulignent que cette alliance comporte des risques. Le Somaliland pourrait se trouver exposé à des représailles de la part de la Somalie ou de puissances régionales hostiles à Israël. Par ailleurs, la normalisation des relations avec le Somaliland pourrait compliquer les efforts de médiation dans la Corne de l'Afrique.
Une coopération qui s'annonce durable
Malgré les controverses, les deux parties affichent leur détermination à aller de l'avant. Au-delà de la reconnaissance diplomatique, l'accord stratégique vise à développer des projets concrets dans les domaines de l'économie, de la sécurité maritime et de la lutte contre le terrorisme. Des sources officielles ont indiqué que des discussions étaient en cours pour établir une présence militaire israélienne dans la région, bien qu'aucun accord formel n'ait encore été conclu.
Cette visite officielle marque un tournant dans les relations entre Israël et le Somaliland, qui pourraient avoir des répercussions durables sur l'équilibre géopolitique de la Corne de l'Afrique et de la mer Rouge.