La médiatrice de l’Éducation nationale tire la sonnette d’alarme sur la santé mentale des élèves et du personnel. Dans son rapport annuel intitulé « Photographie de l’état de l’école », Catherine Becchetti-Bizot souligne une dégradation profonde du bien-être psychologique au sein de l’institution. « Le mal-être psychologique des enfants se décèle très souvent à l’école », a-t-elle déclaré, tout en regrettant que le système scolaire aggrave parfois la vulnérabilité de certains élèves.
Le constat chiffré
Les équipes de la médiatrice ont traité environ 28 500 saisines en 2025, soit une hausse de 20 % par rapport à l’année précédente. Sur cinq ans, la progression atteint 51 %. Ces demandes émanent pour 76 % des usagers (élèves, parents, étudiants) et pour 24 % du personnel enseignant et administratif. Derrière ces chiffres, la médiatrice perçoit une très forte dégradation de la santé mentale, même si les requêtes ne le formulent pas directement. « Ils ne l’expriment pas directement, mais on y ressent une très forte dégradation de la santé mentale », a-t-elle expliqué.
Une hausse des violences
Les réclamations signalant des violences ou des atteintes aux droits des enfants ont bondi : 1 000 dossiers en 2025 contre 400 en 2024. Parmi ces faits, 70 % sont commis par des élèves ou des étudiants sur leurs pairs, 30 % par des adultes sur des mineurs, et 3 % concernent des violences sexistes et sexuelles. « Déjà trop », a commenté la médiatrice. Pour renforcer la protection des enfants, un poste de déléguée à la protection des enfants à l’école a été créé. Cristelle Gillard, juriste de formation, a été nommée le 15 avril et sera pleinement opérationnelle à partir de l’année prochaine.
Personnel en souffrance
Le rapport met aussi en lumière les difficultés du personnel. En 2025, 6 628 saisines provenaient des enseignants et agents. Les questions financières (43 %) et l’évolution de carrière (15 %) dominent, avec un sentiment d’abandon administratif. La part des contractuels a particulièrement augmenté (+42 %), en raison de la précarité de leur statut. « Les personnels sont démunis face aux enjeux de santé mentale », a noté Catherine Becchetti-Bizot, qui recommande une meilleure préparation des enseignants pour accompagner les élèves en souffrance. Le dialogue entre les familles et l’école est également tendu, ce qui requiert une vigilance particulière.
Inclusion et handicap
Le rapport souligne un manque d’inclusion pour les personnes en situation de handicap, notamment dans les classes préparatoires et lors des examens. La médiatrice appelle à des aménagements pour garantir l’égalité d’accès à l’éducation.
Recommandations
Pour répondre à ces défis, Catherine Becchetti-Bizot préconise de former davantage le personnel à détecter et à prendre en charge les souffrances psychiques. Elle insiste sur la nécessité de construire des parcours adaptés aux besoins de chacun. La création du poste de déléguée à la protection des enfants constitue une première réponse institutionnelle, mais la médiatrice estime que des efforts plus larges sont nécessaires pour inverser la tendance.