Le gouvernement britannique s’apprête à modifier une loi vieille de 55 ans pour permettre l’expulsion de Shabir Ahmed, le chef du réseau de grooming de Rochdale. Âgé de 73 ans, cet homme vient d’être libéré après avoir purgé une peine de 22 ans de prison pour des agressions sexuelles sur des fillettes, dont certaines n’avaient que 12 ans.

Selon des informations officielles, la ministre de l’Intérieur, Shabana Mahmood, doit présenter lundi un projet d’amendement à la loi sur l’immigration de 1971. Ce texte interdisait jusqu’à présent le renvoi de tout citoyen du Commonwealth arrivé au Royaume-Uni avant 1973 et y ayant résidé au moins cinq ans. Or, Shabir Ahmed possédait la double nationalité britannique et pakistanaise, mais il avait été déchu de la première après sa condamnation en 2012.

Une libération sous conditions strictes

À sa sortie de prison, Shabir Ahmed a été placé dans un logement encadré 24 heures sur 24 et équipé d’un bracelet électronique avec géolocalisation. Les autorités ont prévenu que toute violation des conditions strictes de sa libération entraînerait son retour immédiat en détention.

Plusieurs de ses victimes ont exprimé leur peur. « Nous avons peur », ont-elles déclaré, se disant « en insécurité » depuis qu’elles ont appris sa remise en liberté. L’une d’elles a confié : « Je me sens terrifiée à l’idée qu’il puisse être dans la même ville que moi. »

Le cadre légal en cause

L’obstacle à l’expulsion résidait dans la loi sur l’immigration de 1971, qui protège les citoyens du Commonwealth arrivés avant 1973. Shabir Ahmed était arrivé au Royaume-Uni dans les années 1960. Malgré la perte de sa nationalité britannique, il bénéficiait de cette protection, ce qui empêchait les autorités de le renvoyer au Pakistan.

Le changement annoncé par le gouvernement vise à supprimer cette exception. Selon des sources gouvernementales, la ministre de l’Intérieur détaillera les modifications législatives lundi. L’objectif est de permettre l’expulsion de Shabir Ahmed vers le Pakistan une fois la réforme adoptée.

Réactions et enjeux

L’affaire a suscité une vive émotion au Royaume-Uni. Le réseau de grooming de Rochdale, actif dans les années 2000, avait défrayé la chronique par la gravité des sévices infligés à des adolescentes. Shabir Ahmed, surnommé « Daddy » par ses victimes, en était considéré comme le chef.

Des associations de protection de l’enfance ont salué la décision du gouvernement, tout en appelant à ce que la procédure aille rapidement. D’autres voix se sont élevées pour demander que des mesures similaires soient prises pour l’ensemble des criminels concernés par cette même disposition législative.

Le gouvernement n’a pas encore précisé le calendrier exact du vote parlementaire ni la date à laquelle la modification entrerait en vigueur. Toutefois, le signal est clair : Londres entend utiliser tous les moyens juridiques disponibles pour éloigner du territoire les auteurs de crimes sexuels condamnés.

La ministre Shabana Mahmood devrait s’exprimer lundi devant la Chambre des communes pour détailler son projet. Une fois la loi modifiée, les autorités pourront engager la procédure d’expulsion de Shabir Ahmed vers le Pakistan.