Les électeurs kosovars se rendent aux urnes ce dimanche 7 juin pour la troisième fois en moins de seize mois. Ce nouveau scrutin législatif anticipé illustre l'incapacité croissante de la classe politique à dépasser ses divisions, aux dépens de la consolidation démocratique et des négociations avec Belgrade.

La campagne électorale est dominée par l'affrontement entre deux figures qui furent des alliées de la première heure : le Premier ministre Albin Kurti et l'ancienne présidente Vjosa Osmani. En 2021, Kurti avait soutenu l'élection d'Osmani à la tête de l'État, les deux incarnant alors l'espoir d'un changement et d'une lutte efficace contre la corruption. Aujourd'hui, ils sont adversaires.

Une alliance brisée

Lorsque le mandat d'Osmani a pris fin plus tôt cette année, Kurti a refusé de la soutenir pour un second quinquennat. Il a justifié sa décision en estimant que « le président devrait être une figure unificatrice et représentative », et qu'Osmani nourrissait des ambitions politiques personnelles, cherchant un soutien direct des électeurs via un parti. Le chef du gouvernement a alors proposé des candidats issus de son propre mouvement, Vetëvendosje, mais les députés de l'opposition ne se sont pas rangés derrière eux.

L'incapacité du Parlement à élire un nouveau président à deux reprises en avril a déclenché ces élections anticipées. Osmani se présente désormais comme candidate à l'Assemblée sous la bannière de la Ligue démocratique du Kosovo (LDK), son ancienne formation. Lors d'un rassemblement, elle a lancé à ses partisans : « Vous votez pour décider si le Kosovo sera un État de ses citoyens ou un État d'un seul homme. »

Divergences idéologiques

Arben Fetoshi, analyste politique et professeur de journalisme, observe que Kurti et Osmani sont des « politiciens aux orientations idéologiques opposées », qui avaient été unis « pour la synergie politique du moment », perçus par la population comme un espoir de changement, notamment contre la corruption. Durant les quatre années du gouvernement Kurti, les deux responsables n'ont pas connu d'affrontements majeurs, bien qu'ils aient divergé sur la politique étrangère et la coordination avec les partenaires internationaux. Leur rivalité actuelle découle avant tout du refus de Kurti d'appuyer le second mandat d'Osmani, mais elle n'exclut pas une dimension personnelle et leur orientation idéologique respective.

Un cycle électoral paralysant

Pour les analystes, cette succession de scrutins dans un pays encore en quête de consolidation de ses institutions souligne l'incapacité des forces politiques à construire des compromis durables. Le dialogue avec la Serbie, sous médiation européenne, piétine, et les progrès vers l'adhésion à l'Union européenne restent entravés par ce blocage.

Kurti et son parti Vetëvendosje sont sortis vainqueurs des dernières élections du 28 décembre 2025 avec 51 % des suffrages, soit une avance d'environ trente points sur son principal rival, le Parti démocratique du Kosovo (PDK). Cette majorité confortable ne lui a toutefois pas permis d'éviter la paralysie institutionnelle, faute de consensus pour élire un chef de l'État. Le nouveau Parlement issu du scrutin de dimanche devra à son tour tenter de briser l'impasse, tandis que la population kosovare exprime sa lassitude face à une vie politique marquée par les querelles de personnes et l'absence de vision commune.