Les gestionnaires des aéroports de Rome ont averti qu'ils pourraient être contraints de suspendre le déploiement du système d'entrée-sortie (EES) de l'Union européenne si Bruxelles n'accorde pas rapidement des assouplissements. Cette menace, rapportée par des sources proches du dossier, intervient alors que les files d'attente aux postes-frontières atteignent déjà des durées critiques, pouvant dépasser cinq heures, et que plusieurs compagnies aériennes signalent des départs avec des avions remplis à moins de la moitié de leur capacité.

Un appel urgent à la Commission européenne

Dans une lettre ouverte adressée à la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, les principales organisations représentant les aéroports et les compagnies aériennes européennes – notamment Airports Council International Europe, Airlines for Europe et l'Association internationale du transport aérien (IATA) – ont qualifié la situation de « point critique ». Elles soulignent que la mise en œuvre actuelle de l'EES engendre « des conséquences opérationnelles sévères, perturbant les passagers et mettant les autorités frontalières, les aéroports et les compagnies aériennes sous une pression insoutenable ».

Les signataires appellent à une « intervention immédiate » avant que la situation ne se dégrade davantage avec le pic estival. Les aéroports européens s'attendent à accueillir 40 millions de passagers supplémentaires en juillet et en août par rapport aux deux mois précédents. Sans une « flexibilité supplémentaire », préviennent les lobbyistes, « les défis existants s'intensifieront inévitablement », ce qui se traduirait par « une aggravation significative d'une situation déjà très difficile pour les passagers ».

Des aéroports prêts à agir seuls

Les aéroports de Rome, parmi les plus touchés par les retards, envisagent de suspendre unilatéralement le système si aucune décision n'est prise rapidement. Cette menace reflète un sentiment d'urgence chez les opérateurs, qui estiment que le système, censé fluidifier et sécuriser les contrôles, produit l'effet inverse. Le secteur redoute que la réputation de l'Union européenne en tant que destination touristique efficace et accueillante soit durablement entachée. « Les rapports suggèrent déjà que certains voyageurs internationaux reconsidèrent leurs voyages en Europe en raison de la perspective de retards excessifs aux frontières », écrivent les représentants du secteur.

Un système numérique sous pression

L'EES, qui remplace le tamponnage manuel des passeports par un enregistrement numérique, a été mis en place progressivement dans plusieurs États membres. Mais son déploiement s'est heurté à des problèmes techniques, à un manque de personnel qualifié et à une infrastructure insuffisante dans certains aéroports. Les files d'attente se forment non seulement aux guichets traditionnels, mais aussi aux nouveaux portiques biométriques, dont le rythme de traitement n'atteint pas celui promis.

Conséquences économiques et politiques

Au-delà des désagréments pour les passagers, les retards entraînent des surcoûts pour les compagnies aériennes (carburant supplémentaire, compensation des passagers, réorganisation des équipages) et des pertes de revenus pour les aéroports (commerces moins fréquentés). Le secteur du tourisme, qui représente une part importante du PIB de plusieurs pays du Sud de l'Europe, est particulièrement exposé.

La Commission européenne, sollicitée par les aéroports italiens, n'a pas encore annoncé de mesure concrète. Les négociations se poursuivent entre les autorités nationales, les opérateurs aéroportuaires et les instances bruxelloises pour tenter d'éviter ce que certains qualifient déjà de « catastrophe » pour l'été 2026.