Le ministère américain de l’Agriculture a annoncé, lundi et mardi, la détection de trois nouveaux foyers de ver charbonneux du Nouveau Monde, une larve parasite consommatrice de chair, sur le territoire des États-Unis. Ces signalements portent à cinq le nombre de cas officiellement recensés depuis la réapparition du parasite dans le pays.

Parmi ces trois nouvelles infections, quatre des cinq cas totaux ont été localisés au Texas. Deux veaux ont été touchés dans le comté de Zavala et deux autres dans le comté de La Salle. Le cinquième cas concerne un chien vivant au Nouveau-Mexique. Son lieu exact de contamination reste incertain : l’animal a été diagnostiqué au Texas, mais il pourrait avoir récemment voyagé au Mexique, où le parasite est également en expansion.

Un parasite vorace aux conséquences économiques lourdes

Le ver charbonneux du Nouveau Monde, scientifiquement nommé Cochliomyia hominivorax, est une mouche parasite. Les femelles, qui ne s’accouplent qu’une seule fois au cours de leur vie – de dix à trente jours –, peuvent pondre jusqu’à trois mille œufs. Attirées par l’odeur des plaies, des muqueuses ou des orifices des animaux à sang chaud, elles déposent leurs œufs en quelques centaines de lots. Les larves, en forme de vis, éclosent en l’espace d’un jour et commencent immédiatement à creuser et à se nourrir des chairs vives de leur hôte. Ce stade larvaire peut durer jusqu’à une semaine avant que les larves ne tombent au sol pour se nymphoser et donner naissance, sept à cinquante-quatre jours plus tard, à de nouvelles mouches adultes.

Si l’attention médiatique et sanitaire s’est d’abord portée sur le bétail, principal vecteur économique de l’infestation, les êtres humains ne sont pas à l’abri. Les chercheurs rappellent que les infestations humaines, bien que plus rares, provoquent des plaies étendues et douloureuses pouvant évoluer vers les tissus profonds, avec un risque d’infection secondaire, de septicémie et de mortalité. Les larves sont capables de détruire le muscle, le cartilage et même l’os si elles ne sont pas retirées à temps. Des cas documentés montrent qu’elles peuvent perforer le crâne humain.

Un coût potentiel de plusieurs centaines de millions de dollars

Les estimations du ministère américain de l’Agriculture indiquent que si le parasite devait se réimplanter durablement, les éleveurs texans pourraient subir des pertes annuelles de l’ordre de 732 millions de dollars, et l’économie de l’État un manque à gagner de 1,8 milliard de dollars. La prévention impose une vigilance extrême sur les troupeaux.

Un retour après des décennies d’éradication

Le ver charbonneux du Nouveau Monde était présent historiquement aux États-Unis et en Amérique centrale. Il avait été éradiqué du Sud-Ouest américain en 1966 grâce à une technique de stérilisation des mâles : des millions de mouches mâles stérilisées par rayonnement gamma étaient lâchées par voie aérienne. Comme les femelles ne s’accouplent qu’une fois, un accouplement avec un mâle stérile ne produit aucune descendance, ce qui entraîne l’effondrement de la population. Le Mexique avait déclaré l’éradication en 1991, et le Panama en 2006. Le parasite était alors maintenu à la frontière entre le Panama et la Colombie, dans la région du Darién, grâce à des lâchers réguliers de mâles stériles. Mais vers 2022, cette barrière a été franchie, et les mouches ont progressivement remonté vers le nord.

Les cas humains de myiase – l’infestation par les larves – ont suivi cette progression en Amérique centrale, offrant un aperçu du risque désormais présent aux États-Unis. Les autorités sanitaires appellent les propriétaires d’animaux et le grand public à la plus grande prudence, notamment face à toute plaie non cicatrisée, même minime, qui pourrait attirer ces parasites.