Un décalage entre perceptions et données officielles

Tandis que les dernières statistiques de l'Office national des statistiques (ONS) affichent un taux d'inflation annuel de 2,8 % au Royaume-Uni pour le mois de mai 2026, un sondage récent indique que la population britannique anticipe une progression des prix beaucoup plus élevée. Selon cette enquête, les ménages prévoient que l'inflation atteindra le double de l'objectif fixé par la Banque d'Angleterre, qui est de 2 %. Cette divergence entre les attentes des consommateurs et les données macroéconomiques intervient dans un climat économique marqué par les répercussions du conflit au Moyen-Orient.

Le chiffre de mai : une stabilité inattendue

Les données publiées par l'ONS montrent que l'indice des prix à la consommation (IPC) est resté stable à 2,8 % sur un an en mai, un niveau identique à celui enregistré en avril. Ce résultat a pris les économistes de court : la plupart des analystes tablaient sur une hausse à 3 %, sous l'effet de l'augmentation des coûts de l'énergie liée aux tensions géopolitiques. La relative modération du chiffre final s'explique par un recul marqué de l'inflation alimentaire, qui a compensé les pressions haussières exercées par les prix des carburants.

Les facteurs derrière les prévisions pessimistes

Malgré cette stabilisation provisoire, les anticipations des Britanniques restent très élevées. L'enquête, menée avant la publication des derniers chiffres de l'ONS, reflète l'inquiétude persistante face à la flambée des prix du pétrole et du gaz, consécutive au déclenchement du conflit entre les États-Unis et l'Iran. La Banque d'Angleterre avait elle-même dressé, en avril, un scénario alarmant dans lequel l'inflation pourrait grimper jusqu'à 6 % en cas de poursuite de la guerre. Si l'accord de paix récemment conclu a entraîné une chute des cours du brut, les analystes mettent en garde contre un possible rebond des prix en cas d'échec de cet accord, ce qui nourrit les craintes des ménages.

L'impact du conflit et de l'énergie

Pour rappel, l'inflation britannique avait culminé à 11,1 % en octobre 2022, son plus haut niveau en quarante ans. Après une décrue progressive, elle était redescendue à 1,7 % en septembre 2024, avant de repartir à la hausse. La guerre au Moyen-Orient a provoqué une nouvelle flambée des prix des carburants, qui se répercute sur les factures énergétiques des ménages. Le plafonnement des prix de l'énergie fixé par le gouvernement pour la période d'avril à juin a permis de limiter l'impact, mais la prochaine révision, prévue pour le 1er juillet, devrait refléter la hausse des coûts de gros, ce qui pourrait alourdir les charges des consommateurs.

Incertitudes sur la trajectoire future

Les prévisions officielles, élaborées avant le début du conflit, tablaient sur un retour de l'inflation autour de 2 % sur les cinq prochaines années. La guerre a bouleversé ces projections. La Banque d'Angleterre suit de près l'évolution des prix, en s'appuyant également sur des indicateurs d'inflation sous-jacente (hors éléments volatils comme l'alimentation et l'énergie), qui est passée de 2,5 % en avril à 2,6 % en mai. Les décisions à venir sur les taux d'intérêt dépendront de la capacité de l'économie à absorber ces chocs et de la persistance des anticipations haussières des ménages. Le gouvernement de la chancelière de l'Échiquier, Rachel Reeves, devra prendre en compte ce scepticisme ambiant dans l'élaboration de sa politique budgétaire.