Alors que les chiffres officiels de l'inflation au Royaume-Uni sont restés stables en mai, l'opinion publique fait preuve d'un pessimisme marqué. Selon une enquête récente, les ménages britanniques anticipent en moyenne un taux d'inflation de 4 % pour l'année à venir, soit le double de l'objectif de 2 % fixé par la Banque d'Angleterre. Cette perception contraste fortement avec la réalité statistique : l'indice des prix à la consommation (IPC) s'est établi à 2,8 % sur un an en mai, un chiffre inchangé par rapport à avril et inférieur aux prévisions des économistes qui tablaient sur une hausse à 3 %.
Le décalage entre l'inflation réelle et perçue
Le sondage, dont les résultats ont été rendus publics la semaine précédant la publication des données officielles, met en lumière un fossé grandissant entre l'évolution mesurée des prix et les attentes du grand public. Alors que l'indice officiel des prix à la consommation est redescendu à 2,8 %, bien en deçà du pic de 11,1 % atteint en octobre 2022, les ménages britanniques semblent anticiper une nouvelle flambée. Ce niveau d'anticipation, équivalent à 4 %, est particulièrement élevé dans un contexte où la Banque d'Angleterre a récemment prévenu que l'inflation pourrait grimper jusqu'à 6 % dans un scénario défavorable lié au conflit au Moyen-Orient, mais où un accord de paix récent entre les États-Unis et l'Iran a fait chuter les prix du pétrole, atténuant les craintes.
Des tensions persistantes sur l'alimentation et l'énergie
Les données de l'Office national des statistiques (ONS) pour le mois de mai ont surpris les analystes. Une baisse marquée de l'inflation alimentaire a compensé les hausses enregistrées dans d'autres secteurs, notamment celui des carburants. La composante « cœur » de l'inflation, qui exclut les éléments volatils comme l'énergie et l'alimentation, a légèrement augmenté à 2,6 %, contre 2,5 % le mois précédent. Par ailleurs, si le plafonnement du prix de l'énergie décidé par le gouvernement pour le deuxième trimestre 2026 a permis une réduction moyenne de 117 livres sterling sur les factures annuelles des ménages, la prochaine actualisation de ce mécanisme, prévue pour le 1er juillet, devrait refléter la hausse des coûts de gros. Cette perspective pourrait alimenter les craintes des consommateurs et renforcer leur perception d'une inflation élevée.
Conséquences pour la politique monétaire
Ce décalage entre les anticipations du public et la réalité mesurée est un sujet de préoccupation pour les autorités monétaires. Une perception d'inflation élevée, même si elle n'est pas immédiatement confirmée par les statistiques, peut influencer les comportements de consommation et de fixation des prix, créant un risque de boucle auto-réalisatrice. Les prévisions officielles publiées en mars par la chancelière de l'Échiquier, Rachel Reeves, tablaient sur un retour de l'inflation autour de la cible des 2 % sur les cinq prochaines années, mais ces projections avaient été établies avant le déclenchement du conflit iranien. La Banque d'Angleterre surveille de près l'évolution des anticipations d'inflation pour étayer ses décisions de politique monétaire, notamment en matière de taux d'intérêt.