Un sommet sous le signe de l'urgence géopolitique
Les dirigeants de l'Union européenne et de six pays candidats des Balkans occidentaux se sont retrouvés vendredi à Tivat, sur la côte adriatique du Monténégro, pour un sommet consacré à l'élargissement. Plusieurs responsables ont insisté sur la nécessité pour le bloc de démontrer sa capacité et sa volonté d'accueillir de nouveaux membres, alors qu'aucun pays n'a rejoint l'UE depuis treize ans.
« L'Union européenne doit montrer qu'elle est capable de s'élargir et qu'elle le souhaite, et nous voulons en discuter ici », a déclaré aux journalistes le chancelier allemand Friedrich Merz. Selon lui, l'absence de nouvel État membre depuis plus d'une décennie révèle des « lacunes » au sein de l'Union. Il a affirmé que cette partie de l'Europe appartient à l'avenir du projet communautaire.
La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a appelé à rendre le « processus d'élargissement plus rapide et plus crédible ». Elle a qualifié l'adhésion de « nécessité géostratégique, ainsi qu'un investissement à long terme dans notre paix, notre stabilité et notre sécurité », et a estimé que la procédure devait « devenir plus dynamique ».
Une initiative franco-allemande pour un processus graduel
Un plan conjoint franco-allemand a dominé les discussions. Soutenu par le chancelier Merz, il prévoit d'intégrer progressivement les pays candidats aux institutions européennes avant leur adhésion complète. Les mesures envisagées incluent l'admission comme observateurs lors de réunions des instances européennes, une intégration avancée dans la zone euro ou encore l'inclusion dans le système de roaming aux tarifs intérieurs.
« Nous allons désormais lancer un processus graduel », a annoncé Friedrich Merz, en soulignant la nécessité d'accélérer les choses. « Il n'y aura plus d'excuses », a-t-il ajouté. Le chancelier a estimé que les populations des Balkans occidentaux devaient recevoir un message clair leur indiquant qu'elles sont les bienvenues dans l'UE.
De son côté, le président français Emmanuel Macron a souligné l'importance de la région pour l'Union en matière d'énergie, de sécurité et de routes migratoires. Il a précisé qu'un pays candidat aligné sur certains critères pourrait être autorisé à participer à certains formats de réunions, comme les sessions du Conseil.
Le Monténégro en tête des candidats
Parmi les six pays candidats – Albanie, Bosnie-Herzégovine, Kosovo, Macédoine du Nord, Serbie et Monténégro – ce dernier fait figure de favori. Cela fait vingt-deux ans que la petite nation de 623 000 habitants mène des négociations d'adhésion. Elle a adopté l'euro comme monnaie de facto dès 2002, a proclamé son indépendance de la Serbie en 2006 et a rejoint l'OTAN en 2017. Avec un soutien populaire à l'adhésion estimé à environ 80 %, le Monténégro se présente comme l'« épicentre de l'euro-optimisme » et vise à devenir le 28e État membre de l'Union d'ici 2028.
L'élargissement comme réponse aux défis extérieurs
Pour Bruxelles, l'élargissement est perçu comme une réponse aux nouvelles menaces sécuritaires et économiques posées par la Russie et la Chine, ainsi qu'à une ambivalence croissante des États-Unis envers le bloc. Le président du Conseil européen, Antonio Costa, a déclaré à Belgrade jeudi, lors d'une tournée dans la région précédant le sommet, que l'élargissement dans les Balkans occidentaux « est le plus important investissement géopolitique que mène l'Union européenne ». « Ce n'est pas seulement une opportunité, c'est une nécessité géostratégique pour l'Europe. Et pour cela, nous devons travailler plus dur et plus vite », a-t-il ajouté.