L'intelligence artificielle (IA) suscite un engouement considérable dans les milieux économiques, mais plusieurs experts appellent à la modération. Le chef économiste d'Allianz, Ludovic Subran, a récemment qualifié les anticipations de gains de productivité liés à l'IA d'« enthousiasme excessif », estimant que les promesses actuelles dépassent les réalisations tangibles.

Dans le même ordre d'idées, Jim Reid, stratège chez Deutsche Bank, estime que les progrès significatifs en matière de productivité grâce à l'IA ne se concrétiseront pas avant plusieurs années. Selon lui, le chemin vers une transformation économique profonde sera plus long que ne le laissent entendre les marchés.

Des attentes surdimensionnées ?

Subran a souligné que si l'IA offre un potentiel indéniable, son intégration dans les processus économiques se heurte encore à des obstacles structurels, comme l'adaptation des infrastructures, la formation des compétences ou les questions réglementaires. Il prévient que les investisseurs et les entreprises risquent de surévaluer les retours immédiats.

De son côté, Reid insiste sur le fait que, historiquement, les révolutions technologiques mettent du temps à produire des effets mesurables sur la productivité globale. Il cite l'exemple de l'électricité ou d'Internet, dont les bénéfices économiques ne se sont matérialisés que bien après leur adoption initiale.

Un consensus prudent

Les deux analystes convergent donc sur un point : les marchés et les décideurs doivent tempérer leur enthousiasme. L'IA ne remplacera pas du jour au lendemain les méthodes de travail traditionnelles, et les gains de productivité escomptés restent pour l'essentiel à venir. Si l'innovation est réelle, son impact majeur sur l'économie mondiale pourrait n'apparaître qu'à l'horizon de la prochaine décennie.

Ces mises en garde interviennent alors que les valorisations boursières des entreprises liées à l'IA atteignent des sommets, alimentant les craintes d'une bulle spéculative. Les propos de Subran et Reid invitent à une réflexion plus mesurée sur le rythme auquel l'IA transformera réellement le tissu économique.