La justice britannique a rejeté la requête des frères Tate qui cherchaient à contraindre le parquet à leur révéler l'identité de leurs accusatrices. Le juge Chamberlain, de la Haute Cour de Londres, a estimé que les motifs avancés par le Crown Prosecution Service (CPS) pour ne pas divulguer ces noms avant l'ouverture formelle des poursuites étaient juridiquement solides.
Andrew Tate, 39 ans, et Tristan Tate, 37 ans, sont visés par 21 chefs d'accusation au Royaume-Uni, dont ceux de viol et de traite d'êtres humains. Les faits présumés se seraient déroulés entre 2012 et 2016. Les deux hommes, qui clament leur innocence, faisaient valoir que l'absence de connaissance des noms de leurs accusatrices portait atteinte à leurs droits fondamentaux et entravait la préparation de leur défense.
Une décision fondée sur la protection des plaignantes
Le magistrat a souligné que le CPS avait agi de manière précautionneuse, après qu'une procureure senior eut rencontré les femmes et évalué leur vulnérabilité. Il a également noté que la notoriété des frères Tate – qualifiée de « notoire » par le juge, sans être injuste – constituait un facteur pertinent : leur capacité à identifier publiquement les plaignantes via les réseaux sociaux risquait de les dissuader de poursuivre la procédure. Les deux hommes sont actuellement bannis des plateformes sociales appartenant à Google, a rappelé le juge.
La défense avait proposé une garantie financière pour s'engager à ne pas révéler les noms, mais le magistrat a estimé qu'aucun mécanisme légal ne permettait de faire respecter un tel engagement. Il a donc validé la position du parquet, qui avait refusé cette offre.
Un recours rejeté sur tous les points
Les avocats des frères Tate, menés par Sallie Bennett-Jenkins KC, avaient plaidé que la décision du CPS était « erronée » et que leurs clients étaient traités différemment des autres suspects ou prévenus. Ils contestaient l'idée que les frères identifieraient les plaignantes sur les réseaux sociaux pour les pousser à se retirer, qualifiant cette crainte d'« hypothèse exagérée ».
Le juge Chamberlain a balayé ces arguments, estimant qu'aucun des motifs invoqués pour le recours n'était « défendable ». Il a rejeté l'argument selon lequel le droit à un procès équitable serait compromis, les frères n'étant pas en mesure de préparer efficacement une future comparution.
Une extradition toujours en attente
Les frères Tate se trouvent actuellement en Roumanie, où ils font également l'objet d'une enquête pénale. En 2024, la police du Bedfordshire a obtenu des mandats d'arrêt européens pour les faire revenir au Royaume-Uni. Les charges britanniques ne seront formellement notifiées qu'à leur retour sur le sol britannique, moment à partir duquel les noms des accusatrices pourront leur être communiqués. La justice roumaine doit encore se prononcer sur leur extradition, dont l'issue n'est pas encore connue.
Cette décision de la Haute Cour marque une étape procédurale importante dans un dossier judiciaire qui suscite une attention médiatique considérable. Les frères Tate, influenceurs et anciens kickboxeurs, sont connus pour leurs propos controversés et leur présence en ligne, avant d'être bannis de plusieurs plateformes.