Londres — Les frères Andrew et Tristan Tate, inculpés de 21 chefs d'accusation au Royaume-Uni, ont engagé un recours en justice pour obtenir la divulgation de l'identité de leurs accusatrices, que le ministère public refuse de leur communiquer tant qu'ils n'auront pas été remis aux autorités britanniques. L'audience s'est tenue mardi à la Royal Courts of Justice de Londres.

Les deux hommes, âgés de 39 et 37 ans, sont visés par des plaintes pour viol et traite d'êtres humains qui auraient été commises entre 2012 et 2016. Actuellement retenus en Roumanie sous contrôle judiciaire, ils ne pourront être extradés vers le Royaume-Uni qu'à l'issue de la procédure pénale en cours dans ce pays. Des mandats d'arrêt européens ont été délivrés à leur encontre en 2024 par la police du Bedfordshire.

Les arguments de la défense

Devant le juge Chamberlain, la conseil des frères Tate, Sallie Bennett-Jenkins, a plaidé que la décision du Crown Prosecution Service (CPS) de taire les noms des plaignantes était « entachée d'irrégularité ». Dans ses conclusions écrites, elle a estimé que le parquet avait supposé, à tort, que les deux influenceurs identifieraient les femmes sur les réseaux sociaux et les pousseraient à se retirer de la procédure, qualifiant cette crainte d'« hypothèse de risque exagérée ». « Les opinions controversées des requérants ne constituent pas une base valable pour leur refuser des informations fondamentales sur les accusations pénales auxquelles ils font face », a-t-elle ajouté.

L'avocate a également souligné que l'absence d'identification limitait la capacité des frères à rassembler des preuves pour leur défense et à évaluer la fiabilité des témoignages avant un éventuel procès. Elle a rappelé que les Tate, qui possèdent les nationalités britannique et américaine, « ont été traités différemment des autres suspects ou prévenus ».

La position du parquet

De son côté, Tom Little, représentant le CPS et le chef de la police du Bedfordshire, a expliqué à la cour que la non-divulgation constituait une « décision limitée dans le temps », destinée à rester en vigueur jusqu'à ce que « la procédure commence au fond » au Royaume-Uni. Il a précisé que cette décision « faisait l'objet d'un réexamen permanent » et qu'il n'appartenait pas au tribunal de statuer sur son bien-fondé à ce stade.

L'audience a également révélé que les frères Tate avaient proposé d'être entendus sous caution par les enquêteurs britanniques à Bucarest, avec l'accord des autorités roumaines. Le CPS a refusé cette offre.

Prochaine étape

Le juge Chamberlain devrait rendre sa décision sur la demande d'autorisation de recours en révision (judicial review) dans les jours à venir. Si celle-ci est accordée, une audience au fond pourrait examiner le bien-fondé de la position du parquet. En attendant, les frères Tate restent en Roumanie, où ils sont soumis à des mesures de contrôle judiciaire.