Londres – Les parieurs en ligne qui dépensent plus de 1 000 livres sterling (environ 1 190 euros) en une période de 24 heures devront se soumettre à une évaluation de leurs risques financiers, a annoncé mardi la Commission des jeux de hasard (Gambling Commission). Cette mesure concerne également les sommes supérieures à 3 000 livres sterling sur une période glissante de 90 jours. Des seuils plus bas sont prévus pour les moins de 25 ans.

Le régulateur a précisé que ces vérifications seraient effectuées à partir des données des agences de référencement de crédit, mais il insiste sur le fait qu’il ne s’agit pas de « contrôles de solvabilité ». Selon la commission, il existe des preuves que certains dépensiers excessifs rencontrent des difficultés financières sans être repérés ni soutenus par les opérateurs de jeux.

Un déploiement par étapes

Dans un premier temps, les contrôles concerneront uniquement les plus gros opérateurs de jeux et s’appliqueront aux joueurs de plus de 25 ans qui misent plus de 5 000 livres sterling en une période glissante de 24 heures. La Commission indique que cette première phase touchera moins de 0,5 % des clients et sera lancée cet été, après consultation du secteur et des autres parties prenantes. Le seuil sera ensuite progressivement abaissé à 1 000 livres sterling en 24 heures, ou 750 livres sterling pour les moins de 25 ans.

La Commission des jeux de hasard n’a pas fixé de calendrier précis pour l’abaissement des seuils, affirmant vouloir introduire les mesures « de manière très prudente et progressive ».

Des arguments statistiques

Le régulateur a publié des données montrant que les gros parieurs présentent entre deux et quatre fois plus de risques d’avoir un plan de gestion de dettes, et entre deux et cinq fois plus de risques d’avoir connu un défaut de paiement au cours des douze derniers mois, par rapport à l’ensemble de la population. Ces constats s’appuient sur les travaux du Livre blanc de 2023 sur les jeux, qui recommandait déjà un renforcement des contrôles pour les clients subissant des pertes très élevées.

Sarah Gardner, directrice générale par intérim de la Commission, a déclaré que la grande majorité des clients ne nécessiteraient jamais une telle évaluation. Ceux qui y seront soumis bénéficieront d’une évaluation « sans friction ni document » fournie par les agences de crédit, sans impact sur leur score de crédit. « Cette approche permettra d’apporter un soutien aux clients dépensant beaucoup et rencontrant des difficultés financières, tout en réduisant la friction pour ceux qui n’en ont pas », a-t-elle expliqué.

Réactions contrastées

Le Conseil des paris et des jeux (Betting and Gaming Council), qui représente les entreprises de jeux, s’est dit « déçu et frustré » par ces annonces, estimant qu’elles pourraient pousser les clients vers le marché noir. La commission a reconnu que certaines parties prenantes ont exprimé des inquiétudes quant à un possible transfert des joueurs problématiques vers des circuits non régulés.

La ministre des Jeux, la baronne Twycross, a estimé que ces évaluations devaient fonctionner « pour les consommateurs, les opérateurs de jeux et l’écosystème dans son ensemble ».

Selon l’enquête sur les jeux en Grande-Bretagne, 9,3 % des adultes ayant joué en ligne (hors loteries) en 2024 présentaient un score d’au moins 8 sur l’échelle de sévérité des problèmes de jeu (indice allant jusqu’à 27), seuil à partir duquel une personne « peut avoir perdu le contrôle de son comportement » et subi des conséquences négatives. La Commission a également signalé des manquements persistants dans l’application des règles, citant le cas récent d’un client ayant déposé 25 000 livres sterling en 25 jours avant que l’opérateur n’intervienne.