L'armée roumaine n'a pas réussi à intercepter le drone russe qui s'est écrasé sur un immeuble d'habitation à Galati, dans la nuit du 28 au 29 mai, malgré le décollage de deux chasseurs F-16 autorisés à engager le combat. Les explications officielles font état de plusieurs facteurs ayant empêché une riposte.
Un porte-parole du ministère de la Défense a indiqué que l'armée était soumise à « des limites strictes » et qu'elle « ne peut pas se permettre de créer plus de menaces qu'elle ne peut en prévenir ». Un général de brigade a reconnu que les radars et la défense antiaérienne n'avaient pas été efficaces, ajoutant que le système anti-drone américain Merops, pourtant opérationnel, n'était pas encore intégré au système de défense du pays.
Un laps de temps trop court pour agir
Selon les informations recueillies, le drone n'a été détecté dans l'espace aérien roumain que pendant environ quatre minutes avant de s'écraser. La perte du signal radar a également compliqué l'interception. Les défenses antiaériennes roumaines ont été jugées « inefficaces » face à la rapidité de l'incursion.
Cette difficulté à contrer les drones n'est pas propre à la Roumanie. L'incident de Galati, survenu après que Moscou a repris ses attaques de drones contre des cibles civiles et des infrastructures en Ukraine, près de la frontière fluviale avec la Roumanie, illustre le défi que représentent ces engins pour l'ensemble des pays membres de l'Alliance atlantique.
Une escalade jugée « grave et irresponsable »
Le ministère roumain des Affaires étrangères a qualifié l'événement de « grave et irresponsable escalade de la part de la Fédération de Russie ». Bucarest a informé ses alliés et le secrétaire général de l'Otan, Mark Rutte, de la situation, et a demandé des mesures pour accélérer le transfert de moyens de lutte contre les drones vers la Roumanie.
L'Otan a condamné « l'inconséquence de la Russie », tandis que la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a estimé que « la guerre d'agression de la Russie a franchi une nouvelle limite », promettant de continuer à « renforcer la sécurité et la dissuasion, en particulier à la frontière orientale, et d'accroître la pression sur la Russie ».
Un précédent inquiétant
Si des fragments de drones russes avaient déjà été retrouvés à 47 reprises sur le territoire roumain depuis le début du conflit en Ukraine, c'est la première fois qu'un tel engin s'abat sur un immeuble résidentiel, faisant deux blessés légers. Les deux occupants de l'appartement touché, qui ont pu évacuer par leurs propres moyens, ont été soignés sur place pour des écorchures.
L'incident survient un mois après qu'un autre drone s'était écrasé dans un quartier périphérique de Galati, sans faire de blessé. Il intervient également dans un contexte de menaces accrues de la part de Moscou, qui a notamment appelé les ressortissants étrangers à quitter Kiev avant de nouveaux bombardements.
La question de la défense anti-drone au sein de l'Otan
Cet événement relance le débat sur la capacité de l'Otan à protéger ses membres contre ce type d'incursions. Les pays frontaliers de l'Ukraine ou de la Russie, comme la Roumanie, la Pologne ou les États baltes, sont régulièrement confrontés à des violations de leur espace aérien par des drones des deux camps. L'Alliance atlantique cherche depuis plusieurs mois à développer une « muraille de drones » et à renforcer ses défenses, mais l'incident de Galati montre que des progrès restent à accomplir.
Le président roumain, Nicusor Dan, a convoqué le Conseil suprême de défense nationale et a annoncé qu'il « ordonnerait des mesures proportionnées en relation avec la Fédération de Russie », ajoutant que « le caractère inédit de l'événement exige une réponse ferme, coordonnée et appropriée, aux niveaux national, allié et international ».