Les Pays-Bas durcissent le ton face à Washington. Le gouvernement néerlandais s'efforce actuellement d'empêcher l'adoption d'une mesure législative américaine qui pourrait gravement entraver les activités du groupe ASML, leader mondial des machines de lithographie utilisées dans la fabrication de semi-conducteurs. Cette initiative diplomatique vise à protéger un fleuron national dont les ventes vers la Chine sont directement menacées.

Un enjeu stratégique pour La Haye. La loi en question, portée par des élus américains, vise à étendre les restrictions déjà imposées à l'exportation de technologies de pointe vers la Chine. Pour ASML, dont les machines de lithographie à ultraviolet extrême (EUV) sont essentielles à la production des puces les plus avancées, un tel durcissement se traduirait par une perte significative de parts de marché sur le territoire chinois, l'un de ses débouchés les plus lucratifs.

Des négociations en coulisses. Le gouvernement néerlandais a multiplié les contacts avec les autorités américaines ces dernières semaines pour tenter de trouver un compromis. L'objectif affiché est d'obtenir un assouplissement des dispositions les plus restrictives, afin de préserver les intérêts commerciaux d'ASML sans pour autant compromettre la sécurité nationale des États-Unis. Les discussions porteraient notamment sur la définition des technologies sensibles et sur les modalités de contrôle.

Un équilibre délicat. La position des Pays-Bas est complexe : s'ils veulent défendre leur champion industriel, ils doivent aussi composer avec les exigences de leur allié américain, qui craint que les technologies de pointe ne soient utilisées par Pékin pour renforcer sa propre industrie militaire. Les divergences portent surtout sur le périmètre des restrictions et sur la nécessité de maintenir des exceptions pour certains clients chinois.

Un précédent tendu. Les relations entre La Haye et Washington sont déjà marquées par des frictions sur ce dossier. En 2023, les États-Unis avaient déjà imposé unilatéralement des restrictions plus sévères que celles négociées avec les Pays-Bas, provoquant un vif mécontentement côté néerlandais. Cette nouvelle initiative législative risque de raviver les tensions, d'autant qu'une partie de la classe politique américaine estime que les contrôles actuels restent insuffisants.

L'avenir d'ASML en jeu. Pour ASML, l'enjeu est existentiel. Le marché chinois représente une part considérable de son carnet de commandes, et toute limitation supplémentaire des ventes pourrait avoir un impact direct sur ses résultats financiers et sur ses investissements en recherche et développement. La direction du groupe suit de près les discussions, tout en appelant à une solution équilibrée qui préserve à la fois la compétitivité de l'entreprise et les intérêts de sécurité.

Vers une escalade ou un compromis ? Les semaines à venir seront décisives. Les Pays-Bas misent sur un rapprochement diplomatique pour éviter une crise ouverte avec Washington. Mais ils n'excluent pas de recourir à des mesures de rétorsion si la loi américaine venait à être adoptée en l'état, une option qui risquerait d'envenimer encore davantage les relations commerciales transatlantiques. En attendant, les négociations se poursuivent dans la discrétion, même si les positions restent éloignées.