Des interrogations américaines sur le trafic d’un équipement sensible
L’administration américaine a engagé des discussions avec le fabricant néerlandais d’équipements pour semi-conducteurs ASML, s’interrogeant sur la localisation de l’une de ses machines de lithographie extrême ultraviolet (EUV). Ces systèmes, qui permettent de produire les puces les plus sophistiquées, font l’objet de restrictions d’exportation très strictes à destination de la Chine.
Selon des informations recueillies, le secrétaire au Commerce, Howard Lutnick, a soulevé cette question lors d’une série de réunions récentes avec des cadres dirigeants d’ASML. Il aurait exprimé sa crainte qu’une machine de ce type, qui ne peut être délivrée en Chine sans autorisation préalable, ne s’y trouve malgré tout.
ASML rejette les allégations
La réaction de l’équipementier néerlandais ne s’est pas fait attendre. Des responsables de l’entreprise opposent un démenti catégorique. Ils assurent que le matériel en question n’a jamais quitté les circuits autorisés et que la société respecte l’intégralité des licences d’exportation qui lui sont imposées.
Les machines EUV, fabriquées exclusivement par ASML, sont au cœur de la compétition technologique entre les États-Unis et la Chine. Washington a multiplié depuis plusieurs années les mesures pour empêcher Pékin d’accéder à ces équipements, jugés stratégiques pour la défense et l’intelligence artificielle.
Un enjeu diplomatique et industriel
Le différend illustre les tensions persistantes autour du contrôle des technologies de pointe. Les États-Unis, par l’intermédiaire du département du Commerce, disposent d’un droit de regard sur les ventes d’ASML en raison de l’origine américaine de certains composants clés de ces machines.
Toute violation des restrictions pourrait entraîner des sanctions sévères contre le groupe néerlandais. Cependant, ASML estime que les soupçons américains ne reposent sur aucune preuve matérielle. La société souligne qu’elle suit des procédures rigoureuses de traçabilité de ses équipements.
Un précédent contesté
Ce n’est pas la première fois que des doutes surgissent quant à l’acheminement d’outils de lithographie avancés vers la Chine. En 2023, le gouvernement néerlandais avait imposé de nouvelles restrictions, s’alignant sur les positions américaines. Pourtant, des informations avaient fait état de livraisons de machines de moindre capacité à des clients chinois, ce qui avait déjà provoqué des tensions.
L’affaire actuelle prend une dimension supplémentaire car elle concerne directement les machines EUV, les plus performantes jamais construites. Aucun autre fabricant ne dispose d’une technologie équivalente, et la Chine tente depuis des années d’en acquérir par des voies détournées.
Quelles suites ?
Pour l’heure, aucun élément officiel ne corrobore les allégations de l’administration américaine. La porte-parole du département du Commerce n’a pas souhaité faire de commentaire supplémentaire, renvoyant aux échanges confidentiels avec l’entreprise.
De son côté, ASML a indiqué qu’elle coopère pleinement avec les autorités compétentes et qu’elle leur fournira toutes les informations nécessaires pour dissiper les malentendus. La Bourse d’Amsterdam n’a pas réagi de manière notable à ces révélations.
Une vigilance accrue
Cet incident montre que la surveillance des transferts de technologies critiques reste une priorité absolue pour Washington. Alors que les législations sur le contrôle des exportations se durcissent, les entreprises néerlandaises se trouvent placées au centre d’un bras de fer géopolitique dont les enjeux dépassent largement le seul secteur des semi-conducteurs.
L’issue de cette controverse pourrait influencer les futures négociations entre les États-Unis et les Pays-Bas sur la coopération en matière de sécurité technologique.