Un tournant règlementaire se profile dans le ciel américain. L'administration fédérale de l'aviation (FAA) envisage de supprimer l'interdiction quasi totale qui frappe depuis 1973 les vols civils supersoniques au-dessus des terres des États-Unis. À la place, elle souhaite instaurer une règle fondée sur un seuil de bruit maximal, ouvrant la voie à une nouvelle ère pour le transport aérien rapide.
Un verrou hérité de l'époque du Concorde
La prohibition actuelle remonte à une époque où le bang supersonique du Concorde suscitait l'inquiétude des populations et des autorités. En interdisant le passage du mur du son au-dessus du territoire américain, Washington avait de facto confiné l'avion franco-britannique à quelques liaisons transatlantiques, principalement entre Paris, Londres et New York. Ce cadre restrictif a longtemps été perçu comme un frein majeur au développement commercial des vols supersoniques civils.
Vers une règle basée sur le bruit
La proposition publiée le 2 juillet 2026 dans le registre fédéral américain marque une rupture. Plutôt qu'une interdiction de principe, la FAA veut définir une limite acoustique précise. En pratique, un appareil civil serait autorisé à dépasser Mach 1 au-dessus des terres s'il parvient à démontrer que le bang sonique perçu au sol ne dépasse pas un certain niveau d'intensité. Le régulateur entend ainsi concilier l'innovation technologique avec la protection des populations contre les nuisances sonores excessives.
Les industriels à l'affût
Ce changement de cap est attendu par plusieurs entreprises qui développent des avions supersoniques de nouvelle génération. Parmi elles, la société américaine Boom Supersonic prépare son appareil Overture, capable de voler à Mach 1,7 et conçu pour transporter 65 à 80 passagers. D'autres acteurs comme la start-up Hermeus ou le constructeur Lockheed Martin travaillent également sur des projets visant à réduire, voire à éliminer, le bang sonique grâce à des conceptions aérodynamiques avancées.
Un processus encore en cours
La proposition de la FAA n'est pas encore définitive. Une période de consultation publique est prévue avant que le règlement ne soit adopté. Les opposants au projet, notamment les associations de défense de l'environnement et des riverains d'aéroports, pourraient faire valoir des arguments sur les nuisances sonores résiduelles ou l'impact climatique de ces vols à haute altitude.
Un précédent pour l'industrie aéronautique
Si la nouvelle règle entre en vigueur, elle pourrait non seulement transformer le ciel américain, mais aussi inspirer d'autres pays, dont ceux de l'Union européenne, qui maintiennent toujours des restrictions comparables. Les constructeurs et compagnies aériennes y verraient une incitation à accélérer le développement d'appareils supersoniques « silencieux », redonnant vie à un rêve de transport rapide qui sommeille depuis la fin des vols du Concorde en 2003.