Alors que les incendies de forêt touchent plusieurs régions de l’Hexagone, les pouvoirs publics envisagent d’employer, pour la première fois de façon opérationnelle, l’avion de transport militaire Airbus A400M dans la lutte contre les feux. Habituellement affecté au transport de troupes, de matériel ou au ravitaillement en vol, cet appareil peut être équipé d’un kit provisoire le transformant en bombardier d’eau. Le projet, lancé à la fin de l’année 2021, est toujours en phase de développement mais pourrait connaître une accélération au regard des besoins actuels.
Un dispositif amovible et une capacité d’emport inédite
Le principe retenu par Airbus repose sur l’installation d’une citerne de 20 000 litres dans la soute de l’A400M. Celle-ci est reliée à des conduits qui débouchent au niveau de la rampe arrière. Le largage s’effectue par gravité. Des essais menés par l’avionneur en 2022 en Espagne ont démontré que l’appareil pouvait déverser la totalité de son chargement en moins de dix secondes, tout en volant à une altitude d’environ 50 mètres. Au sol, le produit — eau ou retardant — forme alors une ligne de cent mètres de large sur cinq cents mètres de long.
L’un des atouts majeurs du dispositif est qu’il ne nécessite aucune modification permanente de l’avion. La citerne peut être installée rapidement puis retirée lorsque l’appareil doit retrouver ses fonctions militaires premières. Il pourrait ainsi équiper plusieurs des vingt-cinq A400M que compte la flotte française, sans les consacrer définitivement à la lutte contre les incendies.
Un complément aux Canadair, pas un remplacement
Avec ses vingt tonnes de liquide, l’A400M emporte environ trois fois plus qu’un Canadair CL-415, dont la capacité avoisine les six mille litres. Cependant, contrairement à l’hydravion, l’avion militaire ne peut pas écoper directement sur un lac ou en mer. Après chaque largage, il doit se poser sur un aérodrome pour remplir sa citerne. Cette contrainte logistique le destine à un rôle de renfort plutôt que de remplacement.
Un autre avantage est avancé : l’A400M est qualifié pour le vol de nuit, ce qui n’est pas le cas des Canadair. Cette capacité reste toutefois à valider dans les conditions spécifiques du bombardement d’eau. Le déploiement suppose également de former les équipages à des manœuvres particulières, le pilotage d’un appareil aussi lourd à très basse altitude nécessitant des compétences rares.
Des moyens aériens sous tension
Le recours envisagé à l’A400M intervient dans un contexte de forte pression sur la flotte française de lutte contre les incendies. Celle-ci compte actuellement douze Canadair CL-415, huit avions Dash et trois Beechcraft de reconnaissance, ainsi qu’une quarantaine d’hélicoptères Dragon répartis sur vingt-trois bases. En ce début d’été, deux Canadair et un Dash sont encore en maintenance, ce qui réduit la capacité opérationnelle immédiate.
Les feux se multiplient sur le territoire : depuis le début de l’année, environ 25 000 hectares sont partis en fumée, soit deux fois plus qu’à la même période en 2025, selon le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez. En région parisienne, un incendie dans la forêt de Fontainebleau a conduit, pour la première fois, au déploiement de Canadair en Seine-et-Marne. Plus de 800 hectares y ont brûlé, et des centaines de pompiers ont été mobilisés.
Des projets français pour l’avenir
Parallèlement, des initiatives industrielles visent à doter la France d’un bombardier d’eau produit sur le sol national. La start-up Hynaero, basée à Istres (Bouches-du-Rhône), développe le Frégate-F100, un appareil « nouvelle génération » destiné à succéder au Canadair. Présentant une capacité d’emport de dix tonnes — soit près du double du Canadair —, il pourrait atteindre une vitesse de plus de 400 km/h et offrir une autonomie de combat de plus de quatre heures. Le co-fondateur d’Hynaero, David Pincet, indique que l’entreprise dialogue avec les équipages de plusieurs pays et la Fédération des sapeurs-pompiers de France pour affiner le cahier des charges. La mise en service de ce nouvel appareil n’est toutefois pas attendue avant la fin de l’année 2032.
Sur le plan politique, le candidat à l’élection présidentielle Édouard Philippe a promis de soutenir le développement d’un Canadair « souverain », jugeant que « la sécurité de la France ne saurait dépendre des commandes des autres ». Le secrétaire national de Renaissance, Jad Zahab, a pour sa part souligné que les délais de commande pour un Canadair atteignent aujourd’hui quatre à six ans.
L’A400M, s’il était déployé dès les prochaines semaines, offrirait une réponse temporaire mais immédiate face à la recrudescence des feux. Reste à franchir les dernières étapes de validation opérationnelle et à former les équipages concernés.