Des attentes partagées entre stabilisation et renouveau

À l'approche de la WWDC 2026, qui débutera le 8 juin, les regards des développeurs et des utilisateurs avertis se tournent vers les annonces logicielles attendues. Si iOS 27 concentre une grande partie des rumeurs, la prochaine version de macOS, pressentie sous le nom de « Golden Gate », suscite des réactions mitigées. Plusieurs observateurs notent un changement de ton dans les souhaits exprimés par la communauté : les demandes ambitieuses se font plus rares, remplacées par un appel récurrent à une année de type « Snow Leopard », c'est-à-dire une refonte axée sur la correction des bugs et l'optimisation des performances plutôt que sur l'ajout de nouvelles fonctionnalités.

Cette aspiration reflète une lassitude face à ce qui est perçu comme une dégradation progressive de la qualité des logiciels d'Apple. Des voix s'élèvent pour déplorer que des applications de base comme Mail et Spotlight n'aient pas connu d'améliorations significatives depuis des années, et que certaines fonctionnalités aient même perdu en fiabilité. Un développeur de longue date, utilisateur de Mac depuis l'ère System 6, résume le sentiment général : « j'ai regardé l'entreprise devenir plus riche et plus capable tandis que les logiciels que j'utilise chaque jour se détériorent silencieusement sur les aspects essentiels et ennuyeux. »

Les priorités techniques : Mail, Spotlight et l'automatisation

Parmi les demandes les plus concrètes, la refonte de l'application Mail arrive en tête. Les développeurs souhaitent qu'elle redevienne automatable, avec un dictionnaire AppleScript fonctionnel et une surface MailKit permettant de classer, taguer et rechercher sans obstacles. Les règles et dossiers intelligents synchronisés depuis le Mac devraient, selon eux, enfin arriver sur iOS, un retard de près de vingt ans.

Pour Spotlight, l'attente est simple mais cruciale : l'outil de recherche doit retrouver tous les fichiers existants, de manière fiable et exhaustive, sans nécessiter de réindexation lourde qui, sur iOS, peut entraîner une restauration de plusieurs heures et désactiver Apple Pay et FaceID.

L'automatisation est un autre domaine jugé prioritaire. Les raccourcis (Shortcuts) doivent pouvoir être créés et modifiés par programmation, ne pas se briser entre les versions du système d'exploitation, et offrir une véritable compatibilité multiplateforme. Des observateurs pointent du doigt le retard d'Apple par rapport à Microsoft en matière d'intégration d'agents logiciels : « Windows continue de faire de l'automatisation COM et Win32 si bien que j'ai construit un outil d'agent en quinze minutes — Apple devrait avoir honte de cette comparaison », témoigne un développeur.

iPad et HomeKit : des plateformes sous-exploitées

La question de l'iPad Pro revient avec insistance. Malgré une puce M4, cet appareil ne peut pas exécuter de conteneur ou de machine virtuelle, contrairement à une carte ARM à 50 euros. L'absence du framework Hypervisor.framework, pourtant présent sur Mac depuis Yosemite, est vécue comme un verrouillage injustifié. L'écosystème des LLM locaux et des agents de codage se trouve ainsi inaccessible sur la tablette la plus puissante du marché.

HomeKit est également critiqué pour son manque de logique avancée et l'absence d'un langage de script. Les utilisateurs réclament des enchaînements de scènes, une détection de présence granulaire et la possibilité pour les automatisations HomeKit d'appeler des Raccourcis, et non l'inverse. Beaucoup contournent ces limites en utilisant des solutions tierces comme Node-RED et Home Assistant, ce qui interroge sur la pertinence de l'offre native d'Apple.

Un virage vers l'intelligence artificielle, mais à quel prix ?

Parallèlement à ces demandes de stabilisation, la WWDC 2026 devrait consacrer une large place à l'intelligence artificielle. Le renouveau de Siri est attendu, avec un nouveau nom incluant le suffixe « AI ». Cette version serait invocable en maintenant le bouton d'alimentation et pourrait interagir avec davantage de données personnelles. Cependant, le scepticisme demeure : Siri n'a jamais vraiment tenu ses promesses en quinze ans d'existence, et les fonctionnalités concrètes de gestion du courrier et du calendrier n'ont pas été présentées en détail.

Des indices révélés lors de la Platform State of the Union suggèrent qu'Apple prépare ses développeurs à une nouvelle génération d'appareils pliables. Des termes comme foldState et angleDegrees ont été découverts dans les chaînes du framework iOS, tandis que l'entreprise insiste sur la nécessité de concevoir des applications adaptables à « une gamme dynamique de tailles et de ratios d'écran ». Le futur iPhone Ultra, un modèle pliable de type livre avec un écran intérieur de 7,7 à 7,8 pouces, serait annoncé en septembre aux côtés de l'iPhone 18 Pro.

Liquid Glass et l'interface : des ajustements plus qu'une révolution

Le langage de conception Liquid Glass, introduit l'année précédente, ne devrait pas être abandonné mais subir des ajustements mineurs. Apple ayant passé beaucoup de temps à réarchitecturer des parties du système pour le supporter, un retour en arrière serait trop coûteux. Les retours font état de problèmes de contrôles qui ne répondent pas aux clics en bordure, et d'une interface jugée trop chargée. Des corrections ponctuelles sont attendues.

Un contexte de transition chez Apple

Cette WWDC 2026 s'inscrit dans une période de changements internes. John Ternus, actuel responsable du matériel, doit prendre la direction générale d'Apple le 1er septembre. Il a supervisé le développement du futur iPhone pliable et devrait le présenter comme son premier acte majeur. Par ailleurs, le chef du design a changé fin 2025, mais ce remaniement n'a pas eu le temps d'influencer les logiciels de cette année.

En attendant les annonces officielles, le sentiment dominant parmi les développeurs est celui d'une résignation mêlée d'espoir prudent. Beaucoup reconnaissent que la WWDC 2026 pourrait marquer le début d'un redressement, mais qu'il faudra probablement attendre 2027 pour en voir les premiers effets tangibles.