Vingt et un ans après l’emblématique « Confessions on a Dance Floor », Madonna publie sa suite attendue, « Confessions II ». À 67 ans, l’artiste plonge à nouveau dans l’univers des boîtes de nuit, ce lieu qu’elle décrit comme un sanctuaire où elle peut oublier les blessures et se fondre dans la foule.

Dès les premières secondes, la voix de la chanteuse murmure : « C’est vraiment difficile pour moi de faire confiance aux gens ; c’est pour ça que j’aime danser – la sécurité dans le nombre. » Ce ton introspectif traverse l’album, qui ne se contente pas de célébrer la fête, mais explore ce que la dancefloor a permis d’exorciser. Le Britannique Stuart Price, déjà aux commandes du premier volet et directeur musical de la récente tournée « Celebration », signe la production. Ensemble, ils ont conçu un enchaînement ininterrompu de morceaux, à la manière d’un set de DJ.

Un retour aux sources, entre techno et disco

Le disque s’ouvre sur « I Feel So Free », une techno percutante qui évoque Donna Summer. S’enchaînent « Good for the Soul », aux accents euphoriques, et « Love Sensation », dont les nappes disco rappellent le tube « Vogue ». Madonna y multiplie les affirmations : « Il n’y a rien que nous ne puissions faire », chante-t-elle sur ce dernier titre.

Mais l’album n’est pas un simple exercise de nostalgie. Sur « Bring Your Love », l’artiste invite Sabrina Carpenter, et les deux interprètes reprennent ensemble les corsets de satin et de dentelle de l’ère « Confessions on a Dance Floor ». Une manière pour Madonna de reconnaître son influence sur la jeune génération, sans chercher à singer ses sonorités.

La seconde moitié du disque aborde des thèmes plus personnels. « Fragile », porté par des nappes de cordes atmosphériques, évoque la relation avec son frère Christopher, décédé en 2024, avec qui elle s’était réconciliée avant sa mort. « The Test », coécrit et interprété avec sa fille Lola, confronte leurs visions opposées de la célébrité sur une rythmique synth-pop enlevée.

Un album inégal mais puissant

Tous les critiques ne cachent pas quelques réserves. Le titre « Betrayal », qui sample le « Gnossienne n° 1 » d’Erik Satie, cherche à régler des comptes avec sa belle-mère (« Tu ne prendras jamais la place de ma mère ») mais peine à convaincre. La ballade « L.E.S. Girl » clôt l’ensemble sur une note jugée trop sirupeuse par certains. Quelques morceaux expérimentaux en milieu d’album, comme « School » ou « Love Without Words », alourdissent la progression.

Malgré ces faiblesses, l’ensemble est considéré comme le disque le plus cohérent de Madonna depuis plus de vingt ans. L’album a bénéficié d’une campagne de teasing originale, avec un court-métrage de près de quatorze minutes réalisé par le duo Torso (David Toro et Solomon Chase), où apparaissent des célébrités comme Julia Garner – qui devait incarner Madonna dans le biopic avorté –, Odessa A’zion et Honey Dijon.

Après la maladie, un retour déterminé

Madonna a confié au magazine Interview que le déclencheur de ce retour à la dance music a été l’abandon de son projet de film biographique, faute de budget suffisant. « Une vie aussi grande que la mienne nécessitait un gros budget », a-t-elle déclaré. L’artiste, qui a survécu à une septicémie il y a quelques années, semble animée par une énergie retrouvée. Sur « One Step Away », elle chante « Personne n’est libre tant qu’il n’a pas été brisé », une phrase qui résonne comme son propre mantra.

« Confessions II » ne détrône peut-être pas son prédécesseur, mais il s’en approche suffisamment pour s’imposer comme l’un des événements pop de l’année. Madonna y prouve qu’elle sait encore transformer la piste de danse en laboratoire existentiel, mêlant vulnérabilité et pulsations électroniques.