Un pipeline pour contourner la dépendance américaine

Le Premier ministre canadien Mark Carney a officialisé, jeudi 2 juillet 2026, un projet de pipeline pétrolier devant transporter un million de barils par jour depuis l’Alberta jusqu’à la côte sud de la Colombie-Britannique. L’oléoduc suivra le tracé de l’infrastructure existante TMX et permettra d’acheminer le pétrole albertain vers des navires-citernes à destination des marchés asiatiques. Le chef du gouvernement fédéral s’est rendu à Calgary après une annonce à Vancouver pour détailler le plan aux côtés de la première ministre albertaine Danielle Smith.

Parallèlement, M. Carney a confirmé le maintien de l’interdiction de circulation des pétroliers au large de la côte nord de la Colombie-Britannique, une mesure environnementale défendue de longue date par les communautés locales et les groupes écologistes. Ce choix marque un compromis entre le développement énergétique et la préservation des écosystèmes marins sensibles.

Un investissement de 150 milliards de dollars canadiens

Le projet d’oléoduc s’inscrit dans un ensemble plus vaste d’infrastructures destinées à accroître les échanges avec l’Asie. M. Carney a annoncé la construction de plusieurs terminaux de gaz naturel liquéfié (GNL) sur la côte nord de la Colombie-Britannique, visant à tripler la production canadienne de GNL, ainsi que l’agrandissement du port en eau profonde de Prince Rupert, qui offre des temps de transit plus courts vers l’Asie. Le port de Vancouver, déjà saturé, sera également étendu pour absorber le surcroît de trafic.

« Dans un monde plus dangereux et divisé, notre stratégie consiste à nous concentrer sur ce que nous pouvons contrôler, en renforçant nos atouts chez nous et en diversifiant nos partenariats à l’étranger », a déclaré M. Carney lors d’une conférence à Vancouver. Il a ajouté que ces initiatives devaient « débloquer » 150 milliards de dollars canadiens (105 milliards de dollars américains) de nouveaux investissements.

Un contexte de rupture avec les États-Unis

Ces annonces interviennent au lendemain de la décision de l’administration américaine de ne pas renouveler l’accord de libre-échange liant les États-Unis, le Canada et le Mexique, plongeant les relations commerciales nord-américaines dans une nouvelle phase d’incertitude. Depuis son entrée en fonction au printemps, M. Carney a multiplié les déplacements en Asie et en Europe pour trouver des débouchés alternatifs, avec l’objectif de doubler les exportations canadiennes hors des États-Unis d’ici dix ans.

L’Alberta vend actuellement la quasi-totalité de son pétrole au voisin américain. Le nouveau pipeline est perçu comme vital pour maintenir la province au sein de la fédération, alors que des mouvements séparatistes albertains dénoncent un manque de soutien fédéral aux projets énergétiques. Un scrutin sur l’organisation d’un référendum d’indépendance est prévu à la mi-octobre.

Une rupture avec l’héritage Trudeau

L’approche de M. Carney marque un net virage par rapport à celle de son prédécesseur Justin Trudeau, qui avait introduit des mesures restrictives sur l’extraction pétrolière pour des raisons environnementales, provoquant la colère des Albertains. En préservant l’interdiction des pétroliers au nord de la Colombie-Britannique, le nouveau Premier ministre tente toutefois de concilier développement économique et protection de l’environnement, dans l’espoir d’obtenir l’adhésion des Britanno-Colombiens et des Premières Nations.

Des défis politiques et écologiques

Le projet doit encore être approuvé par les autorités réglementaires et pourrait se heurter à l’opposition de groupes autochtones et environnementaux, même si les gouvernements fédéral et provincial, les communautés autochtones concernées et une entreprise privée figurent parmi les parties prenantes. La mise en œuvre de ces mégaprojets représente un test majeur pour M. Carney, qui a fait du renforcement de la souveraineté économique du Canada le pilier de son mandat.