Martin Scorsese s'est exprimé pour la première fois sur sa décision d'exploiter l'intelligence artificielle pour la réalisation des storyboards de ses futurs projets, une annonce qui a déclenché un vif débat au sein de la profession.

Un outil pour « libérer du temps »

Le réalisateur de « Killers of the Flower Moon » (Tueurs de la lune des fleurs) a justifié son choix en expliquant que l'IA lui permettrait de gagner un temps précieux dans la phase de préparation de ses films. Selon lui, cette technologie n'interviendrait que pour la visualisation des séquences, sans toucher au processus créatif fondamental. Il affirme vouloir consacrer davantage de temps à la direction d'acteurs et à l'élaboration des scènes, plutôt qu'à des étapes techniques chronophages.

Martin Scorsese s'est associé à une jeune entreprise spécialisée dans l'intelligence artificielle générative pour produire des storyboards animés à partir de ses indications scénaristiques. Il voit dans cet outil un moyen de gagner en efficacité tout en conservant un contrôle artistique total sur le produit final.

Une levée de boucliers parmi les grands noms du cinéma

Cette initiative a suscité une levée de boucliers immédiate. Plusieurs cinéastes de renom, comme Guillermo del Toro, Steven Soderbergh, James Cameron ou encore Steven Spielberg, ont pris position contre cette pratique. Ils estiment que l'intelligence artificielle menace la nature artisanale du cinéma et pourrait, à terme, standardiser le langage visuel des films. Certains y voient le premier pas vers une substitution de l'homme par la machine dans des étapes aujourd'hui jugées créatives, comme la composition des plans ou le découpage technique.

Le cinéaste suisse Lionel Baier, interrogé sur le sujet, a nuancé le débat. Il considère que l'IA peut être un outil comme un autre, à condition qu'elle reste un moyen et non une finalité. Pour lui, le danger réside moins dans l'usage de la technologie que dans les intentions des producteurs, qui pourraient être tentés de réduire les coûts de main-d'œuvre humaine.

Un débat qui divise la profession

L'épisode relance une polémique qui couvait depuis plusieurs mois dans les studios hollywoodiens. L'irruption de l'intelligence artificielle dans les métiers de la création suscite des inquiétudes chez les scénaristes, les acteurs et les techniciens. Les récentes grèves à Hollywood, en 2023, avaient déjà mis en lumière les craintes de ces professions face à l'automatisation de tâches auparavant réservées à des humains.

Le cas Scorsese est d'autant plus symbolique qu'il vient d'un réalisateur réputé pour son exigence artistique et son amour du cinéma classique. Sa défense de l'IA, même cantonnée au storyboard, a donc valeur de test pour l'ensemble de la profession. Certains y voient une forme de modernisation nécessaire, d'autres une trahison des valeurs artisanales du cinéma.

Quels impacts concrets ?

Concrètement, le recours à l'IA pour les storyboards pourrait bouleverser le travail des storyboardeurs, ces artistes qui conçoivent à la main les planches préparatoires des films. Si la technologie se généralise, elle pourrait réduire le nombre d'emplois dans ce secteur spécialisé. Toutefois, Martin Scorsese assure que l'outil ne remplace pas l'humain mais l'assiste, et que les planches générées par l'IA seront systématiquement retravaillées par des artistes.

Pour l'instant, le réalisateur américain n'a pas révélé pour quel projet il entend mettre en œuvre cette technique. La controverse montre en tout cas que le cinéma américain, et au-delà le cinéma mondial, devra rapidement trouver un consensus sur la place de l'intelligence artificielle dans les processus créatifs. Le débat, loin d'être clos, ne fait que commencer.