Martin Scorsese, figure majeure du cinéma mondial, a officiellement rejoint l’aventure de l’intelligence artificielle en devenant partenaire et conseiller de Black Forest Labs, une start-up allemande qui développe des modèles de génération d’images. L’information a été rendue publique mardi 2 juin, accompagnée d’une déclaration et d’une vidéo réalisée depuis son bureau new-yorkais.

Âgé de 83 ans, le réalisateur des « Infiltrés » (Oscar du meilleur réalisateur en 2007) a expliqué avoir utilisé la technologie de Black Forest Labs lors de la préproduction de son prochain film, exclusivement pour la phase de storyboard – cette étape qui consiste à dessiner les plans avant le tournage. « Depuis soixante-dix ans, je réalise mes propres storyboards », a-t-il déclaré. « Il y a toujours eu ce problème : comment communiquer ce que l’on voit dans sa tête à son équipe ? Certaines choses doivent être vues et ressenties. »

Selon lui, l’outil permet de « partager plus clairement et plus efficacement avec l’équipe créative – chef décorateur, directeur artistique, directeur de la photographie – ce que je visualise ». Il ajoute avoir testé cette approche sur une scène et l’avoir trouvée « libératrice sur le plan créatif ». « Pendant la préproduction, le temps coûte de l’argent, et cela nous a permis d’aller plus vite sans sacrifier la qualité ou le savoir-faire », a-t-il précisé.

Une start-up fondée par un ancien de Stability AI

Black Forest Labs a été fondée en 2024 à Fribourg, en Allemagne, par Robin Rombach, 33 ans, qui avait auparavant travaillé chez Stability AI – où il a contribué à développer le générateur d’images Stable Diffusion. La start-up propose des modèles ouverts baptisés FLUX, capables de créer des images à partir d’une simple description textuelle et d’effectuer des montages vidéo avancés.

« Je suis très enthousiaste à l’idée que quelqu’un comme Martin Scorsese – l’un des plus grands cinéastes qui existent – utilise notre technologie et soit curieux de l’explorer », a déclaré Robin Rombach dans un entretien vidéo. « C’est une preuve formidable que cela fonctionne. »

Un revirement dans l’industrie hollywoodienne

L’annonce intervient alors que le milieu du cinéma, après une forte opposition à l’intelligence artificielle générative, manifeste un net apaisement. Lors des grèves de 2023, les protections contre l’IA avaient été l’une des revendications centrales des 170 000 travailleurs d’Hollywood. Mais plusieurs figures influentes ont récemment changé de ton.

L’actrice Demi Moore, jurée au dernier Festival de Cannes, a estimé que lutter contre l’IA était « une bataille que nous perdrons » et qu’il valait mieux « trouver des façons de travailler avec ». Le Tribeca Film Festival, cofondé par Robert De Niro et Jane Rosenthal, a annoncé la présentation d’un film entièrement réalisé par intelligence artificielle – sans acteurs, décors ni caméras. Jane Rosenthal a qualifié cette œuvre d’« exemple puissant de la façon dont les technologies émergentes peuvent servir de vecteurs à une narration profondément humaine ». Le même jour, Amazon MGM Studios a dévoilé trois séries animées pour enfants générées par IA.

Des oppositions persistantes

L’enthousiasme n’est pourtant pas unanime. Lors du même festival de Cannes, les cinéastes Seth Rogen et Guillermo del Toro ont vivement critiqué l’IA. Le projet de séries animées d’Amazon a également suscité des critiques, au point qu’un participant s’est retiré.

Scorsese lui-même a limité son engagement au storyboard, sans évoquer d’utilisation pour le tournage ou la postproduction. Il a refusé de répondre aux questions des médias.

Des liens d’affaires

La relation entre le cinéaste et Black Forest Labs passe par BroadLight Capital, un fonds d’investissement cofondé par Rick Yorn, son agent artistique. BroadLight avait déjà facilité un partenariat entre Matthew McConaughey et la société d’IA audio ElevenLabs. Michael Ovitz, ancien dirigeant de la Creative Artists Agency, a également conseillé la start-up.