Une menace aux contours encore flous

Le président des États-Unis, Donald Trump, a averti vendredi qu'il imposerait des droits de douane de 100 % sur les biens importés de tout pays qui instaurerait une taxe sur les services numériques visant les entreprises américaines. Dans un message publié sur son réseau Truth Social, il a déclaré que cette mesure serait appliquée immédiatement et qu'elle « remplacera tous les accords commerciaux conclus avec le pays, qu'ils soient mis en œuvre, signés ou non ».

Le dirigeant américain a précisé que sa menace visait les nations où « de nombreux pays européens » discutent de l'introduction d'un tel prélèvement et où certains sont « sur le point de le faire ». Il a ajouté que son avertissement devait servir à faire savoir que tout pays imposant une telle taxe se verrait immédiatement appliqué un droit de douane de 100 % sur l'ensemble des marchandises expédiées vers les États-Unis.

Des interrogations sur le cadre juridique

La portée juridique de cette menace reste incertaine. La Cour suprême des États-Unis avait, en février dernier, invalidé une grande partie des droits de douane dits « réciproques » mis en place par l'administration précédente. On ignore quelle base légale le président Trump invoquerait pour mettre en œuvre cette nouvelle menace. Aucune précision n'a été fournie sur le texte de loi ou le décret qui servirait de fondement à une telle mesure.

Le cas particulier du Royaume-Uni

La situation du Royaume-Uni apparaît complexe. Londres a instauré, en avril 2020, une taxe sur les services numériques de 2 % qui s'applique aux moteurs de recherche, aux plateformes de médias sociaux et aux places de marché en ligne. Cette taxe concerne les multinationales technologiques comme Apple, Google, Meta et Amazon, et cible spécifiquement les entreprises dont les revenus numériques mondiaux dépassent 500 millions de livres sterling et dont les revenus au Royaume-Uni excèdent 25 millions de livres sterling. Selon le Trésor britannique, cette taxe a rapporté plus de 800 millions de livres sterling au cours de l'exercice 2024-2025, contre 678 millions l'année précédente.

Il n'était pas clair, dans l'immédiat, si cette menace s'appliquait au Royaume-Uni, étant donné que ce pays a déjà mis en place sa taxe depuis plusieurs années, tandis que le message du président Trump semblait cibler les pays qui envisagent « l'imminente mise en œuvre » de nouvelles taxes. Les ministères britanniques du Commerce et du Trésor ont été sollicités pour un commentaire.

Un contexte commercial déjà tendu

Cette annonce s'inscrit dans une série de décisions commerciales de l'administration Trump. Plus tôt en juin, les États-Unis avaient déjà imposé de nouveaux droits de douane de 10 à 12,5 % sur des dizaines de pays représentant la quasi-totalité de leurs importations, en raison de préoccupations liées à la lutte contre le travail forcé.

La taxe sur les services numériques, défendue par plusieurs gouvernements européens comme un moyen de garantir que les géants de la tech paient une part équitable d'impôts là où ils réalisent leurs profits, est perçue par Washington comme une mesure discriminatoire ciblant injustement les entreprises américaines. Le gouvernement britannique avait déjà envisagé, en mars 2025, de modifier sa taxe sur les services numériques pour éviter des représailles commerciales américaines, selon des informations antérieures.