Les « microdrames », format vidéo d’une durée de une à trois minutes par épisode, connaissent une croissance fulgurante en Chine. Longtemps produits de manière artisanale par des petites équipes, ces contenus sont désormais massivement assistés par l’intelligence artificielle générative, qui permet d’écrire les scénarios, de générer des dialogues et même de créer des personnages virtuels.

Selon des données récentes du secteur, le marché chinois des microdrames a dépassé les 50 milliards de yuans (environ 6,4 milliards d’euros) en 2025, et les projections tablent sur un doublement d’ici 2028. Les plateformes comme Douyin (la version chinoise de TikTok), Kuaishou ou encore Tencent Video ont toutes lancé leurs propres canaux dédiés à ce format.

L'IA au cœur de la production

L'intelligence artificielle intervient à plusieurs étapes de la chaîne de production. Des modèles de langage génèrent des scripts complets en quelques secondes, tandis que des outils de synthèse vocale permettent de doubler les personnages sans avoir recours à des comédiens. Certains studios expérimentent même la création de personnages entièrement animés par IA, éliminant le besoin d'acteurs réels.

« Nous pouvons produire un microdrame complet en trois jours, là où il fallait auparavant trois semaines », explique un producteur basé à Hangzhou, sous couvert d'anonymat. « L'IA nous permet de tester plusieurs versions d'un scénario et de choisir la plus performante avant même le début du tournage. »

Cette accélération pose toutefois des questions sur la qualité et l'originalité des œuvres. Des critiques pointent une uniformisation des récits, l'IA ayant tendance à reproduire les schémas narratifs les plus populaires.

Un encadrement réglementaire en retard

Les autorités chinoises ont multiplié les annonces pour tenter de réguler ce secteur en pleine expansion. En juin 2025, l'Administration nationale de la radio et de la télévision (NRTA) a publié un ensemble de directives visant à encadrer l'utilisation de l'IA dans la production audiovisuelle. Ces règles imposent notamment un étiquetage clair des contenus générés par IA et interdisent l'utilisation de deepfakes sans consentement explicite.

Cependant, les producteurs de microdrames semblent souvent contourner ces obligations. « La plupart des petites structures ne déclarent pas l'utilisation de l'IA, car elles craignent des contraintes supplémentaires », confie un analyste du secteur. « De plus, la frontière entre un contenu aidé par l'IA et un contenu entièrement généré par l'IA est floue. »

Des dérives préoccupantes

L'absence de contrôle a déjà conduit à des abus. En mars 2026, une enquête d'un média local a révélé que plusieurs microdrames utilisaient des images de personnes décédées sans autorisation, créées à partir de photos anciennes via des algorithmes de génération d'images.

Par ailleurs, des contenus violents ou à caractère sexuel, parfois générés par IA, circulent sur certaines plateformes sans que les modérateurs ne parviennent à les identifier. « Les algorithmes de modération ne sont pas encore assez performants pour détecter les contenus générés par IA qui imitent des scènes réelles », admet un responsable technique d'une grande plateforme, cité par une source interne.

Un modèle économique contesté

Si l'IA réduit les coûts de production, elle exacerbe également la précarité des travailleurs du secteur. De nombreux scénaristes et comédiens de doublage voient leurs missions se tarir. « Avant, je gagnais ma vie en écrivant des dialogues pour des microdrames. Aujourd'hui, les producteurs utilisent l'IA et ne me paient que pour relire et corriger les textes générés », témoigne un scénariste basé à Pékin.

Les syndicats du secteur audiovisuel ont dénoncé à plusieurs reprises cette situation. La Fédération chinoise des travailleurs de la culture et des arts a appelé à une régulation plus stricte de l'utilisation de l'IA dans la production, afin de protéger les emplois.

Vers une normalisation ?

Malgré ces critiques, l'essor des microdrames assistés par l'IA semble inexorable. Les grandes plateformes investissent massivement dans ce format, attirées par des coûts de production divisés par dix par rapport à une série traditionnelle.

Certaines productions récentes, comme « Le Destin de l'IA », un microdrame entièrement écrit et animé par intelligence artificielle, ont rencontré un large succès public, cumulant plus de 200 millions de vues en une semaine sur Douyin.

L'avenir du secteur dépendra de la capacité des autorités à trouver un équilibre entre innovation et régulation. Le ministère de la Culture a annoncé en juin 2026 la mise en place d'un groupe de travail chargé de rédiger une loi spécifique sur les contenus générés par IA, qui pourrait être présentée d'ici la fin de l'année.