La présidente du Rassemblement national, Marine Le Pen, a qualifié d'« insupportable » le comportement qu'elle impute à la direction de Radio France, après que l'Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique (Arcom) a mis en demeure le groupe public de radio de corriger la « sous-représentation » de son parti dans les programmes de journée.

Dans une déclaration publiée mercredi 11 juin, la cheffe de file du RN a estimé que ce traitement inégalitaire n’était plus tolérable. « Ce comportement n’est plus supportable », a-t-elle affirmé, s’exprimant en réaction à la décision du gendarme des médias. Elle n’a pas précisé les suites qu’elle entendait donner à cette mise en demeure, mais laisse entendre que le parti pourrait saisir la justice ou exiger des mesures correctives.

Une mise en demeure fondée sur des écarts chiffrés

L'Arcom avait officiellement enjoint Radio France, le même jour, de se conformer à ses obligations de pluralisme politique. Selon les données de l’instance de régulation, la durée de parole du Rassemblement national dans les tranches d’information du matin et de la mi-journée serait inférieure à celle des autres formations politiques, en dépit de son poids électoral. Les services de Radio France sont désormais tenus de présenter, dans un délai de huit jours, un plan d’action visant à rétablir l’équilibre.

Cette décision intervient dans un contexte de tensions récurrentes entre le parti d’extrême droite et les médias audiovisuels publics. Marine Le Pen avait déjà, à plusieurs reprises, dénoncé ce qu’elle considère comme un « déni de démocratie » de la part de certaines rédactions. L’Arcom, pour sa part, a indiqué avoir procédé à un contrôle minutieux des temps de parole sur une période récente avant de prendre cette sanction.

Radio France conteste les chiffres

La direction de Radio France a immédiatement fait savoir qu’elle contestait la méthodologie employée par l’Arcom. Elle assure que ses programmes respectent scrupuleusement les règles de pluralisme et que les écarts relevés s’expliquent par des variations conjoncturelles (agenda politique, invités disponibles). Un recours gracieux auprès de l’Arcom n’est pas exclu, tandis que le comité social et économique de l’entreprise a été informé de la situation.

Du côté des syndicats de journalistes, on s’interroge sur les conséquences potentielles d’une telle mise en demeure : certains craignent une pression accrue sur les rédactions, tandis que d’autres jugent la décision de l’Arcom légitime au vu des obligations légales de service public.

Un précédent dans le paysage audiovisuel

Cette affaire n’est pas isolée. L’Arcom avait déjà, ces dernières années, adressé des avertissements à plusieurs chaînes de télévision et stations de radio pour déséquilibre dans la représentation des forces politiques. Toutefois, la mise en demeure de Radio France, entreprise publique par excellence, revêt une portée symbolique forte. Elle pourrait conduire à une révision des grilles de programmation et à une plus grande vigilance des rédactions sur la répartition des temps de parole.

Pour le Rassemblement national, cette décision de l’Arcom constitue une victoire sur le terrain de la régulation médiatique, même si Marine Le Pen appelle à aller plus loin. Elle a réclamé des « garanties pérennes » pour que la parole de son parti ne soit plus « marginalisée » dans les antennes du service public.

L’examen du plan d’action de Radio France par l’Arcom devrait intervenir dans les prochaines semaines, avant un éventuel suivi renforcé.