L'essor des constellations de satellites, porté par des entreprises comme SpaceX et la start-up Reflect Orbital, suscite une inquiétude grandissante dans la communauté astronomique. Dans une étude publiée début juillet 2026, l'Observatoire européen austral (ESO) alerte sur les conséquences de cette prolifération pour l'observation du cosmos. Selon les projections, le nombre de satellites en orbite pourrait dépasser 1,7 million si tous les projets annoncés se concrétisent, contre environ 14 000 actuellement.

L'astronome Olivier Hainaut, qui a piloté ces travaux pour l'ESO, estime qu'un tel déploiement rendrait quasiment impossible l'exploitation des instruments au sol les plus sensibles. Le Very Large Telescope (VLT), situé dans le désert d'Atacama au Chili, et le futur observatoire Vera Rubin, en cours de construction, figurent parmi les équipements les plus exposés. Les reflets solaires sur les satellites, ainsi que leurs signaux radio, risquent de perturber les observations et de créer des traînées lumineuses sur les images.

Un seuil critique à ne pas dépasser

Pour préserver ces installations, Hainaut préconise de limiter à 100 000 le nombre de satellites suffisamment peu lumineux pour rester invisibles à l’œil nu. Au-delà de ce seuil, même des engins conçus pour être sombres pourraient nuire aux relevés astronomiques. « On va vraiment avoir des problèmes », a déclaré le chercheur, résumant l'urgence de la situation. L'étude souligne que les constellations actuelles, comme Starlink, ont déjà un impact mesurable sur la qualité des images des télescopes.

Des solutions techniques et réglementaires encore insuffisantes

Les opérateurs de satellites déploient des efforts pour réduire leur réflectivité, par exemple en enduisant les panneaux solaires de matériaux absorbants ou en orientant les engins de manière à limiter les reflets. Toutefois, ces mesures ne suffisent pas à éliminer complètement les perturbations, notamment pendant les heures crépusculaires où les satellites sont encore éclairés alors que le ciel est déjà sombre pour les observateurs au sol.

L'ESO appelle à une coordination internationale pour encadrer le déploiement des mégaconstellations. Les recommandations de l'étude incluent la mise en place de zones d'évitement autour des grands observatoires, la limitation de l'altitude des satellites les plus brillants, et l'obligation de prévoir des systèmes de retrait rapide en fin de vie pour éviter l'accumulation de débris.

Un enjeu pour l'avenir de l'astronomie

Le débat dépasse le cadre technique : il touche à la capacité de l'humanité à continuer d'explorer l'univers depuis la Terre. « Si nous ne fixons pas de limites claires, nous risquons de perdre une partie de notre patrimoine scientifique », insiste Hainaut. Les agences spatiales et les gouvernements sont donc invités à intégrer ces préoccupations dans leurs réglementations.

Alors que les projets de constellations de satellites se multiplient pour répondre aux besoins de connectivité mondiale, la communauté astronomique espère que les décideurs prendront la mesure des risques. L'étude de l'ESO fournit une base scientifique pour engager des discussions concrètes entre les acteurs privés, les autorités et les scientifiques.