Les autorités turques ont procédé à une nouvelle vague d'arrestations dimanche 5 juillet à Ankara, à la veille du sommet de l'OTAN qui doit se tenir dans la capitale mardi. Plusieurs journalistes figurent parmi les personnes interpellées, selon des informations concordantes. La ville est placée sous un régime de sécurité exceptionnel, certains observateurs parlant d'un « état de siège ».

Cette opération intervient après une première série de mesures répressives qui avaient déjà conduit à l'arrestation de 225 personnes et à l'interdiction des rassemblements publics dans la capitale ces derniers jours. Le gouvernement turc justifie ces actions par la nécessité de garantir la sécurité du sommet réunissant les dirigeants des pays membres de l'Alliance atlantique.

Des dizaines de nouveaux interpellés

Le nouveau coup de filet, mené dimanche, a touché un nombre non précisé de personnes, mais les autorités évoquent des « dizaines » d'interpellations. La présence de journalistes parmi les personnes arrêtées suscite des inquiétudes quant au respect de la liberté de la presse. Les motifs exacts de ces arrestations n'ont pas été officiellement détaillés, mais elles s'inscrivent dans le cadre d'une vaste opération de verrouillage sécuritaire d'Ankara.

La capitale turque est quadrillée par les forces de l'ordre depuis plusieurs jours. Des barrages filtrants ont été installés aux principaux points d'accès, et le centre-ville est particulièrement surveillé. Les autorités ont également restreint les déplacements dans certaines zones sensibles, notamment autour du palais présidentiel et des lieux où se dérouleront les réunions de l'OTAN.

Un sommet sous haute tension

Ce sommet de l'OTAN, qui se tient pour la première fois à Ankara, est considéré comme un test majeur pour le gouvernement turc sur le plan sécuritaire. La Turquie, membre de l'Alliance, accueille les chefs d'État et de gouvernement des trente-deux pays membres. Les discussions doivent porter sur les grands enjeux stratégiques, dont la guerre en Ukraine, les tensions en Méditerranée orientale et les relations avec la Russie.

L'organisation d'un tel événement dans un contexte de fortes tensions politiques internes et externes a conduit les autorités à déployer un dispositif de sécurité sans précédent. Des milliers de policiers et de militaires ont été mobilisés, appuyés par des drones et des unités spéciales.

Des critiques sur le droit de manifester

Les mesures prises par Ankara, notamment l'interdiction des rassemblements et les arrestations préventives, sont critiquées par plusieurs organisations de défense des droits humains. Elles dénoncent une dérive autoritaire et une atteinte aux libertés fondamentales, en particulier la liberté d'expression et le droit de manifester pacifiquement. L'arrestation de journalistes est particulièrement pointée du doigt, car elle intervient alors que la Turquie figure déjà parmi les pays où la presse est la moins libre selon divers classements internationaux.

Le gouvernement turc rejette ces accusations et affirme agir dans le cadre de la loi pour prévenir tout trouble à l'ordre public pendant le sommet. Il souligne que des mesures similaires sont prises par d'autres pays hôtes lors de grands événements internationaux.

Un précédent inquiétant

Cette nouvelle vague d'arrestations rappelle les précédents événements sécuritaires en Turquie, notamment lors de précédents sommets ou de périodes de troubles. Les autorités turques ont souvent recours à des dispositions légales d'exception pour encadrer les manifestations et les critiques. Le sommet de l'OTAN, qui attire l'attention des médias du monde entier, devient ainsi le théâtre d'une mise en scène de la puissance sécuritaire de l'État.

Les journalistes arrêtés dimanche pourraient être relâchés après les vérifications d'usage, mais leur interpellation envoie un signal dissuasif à ceux qui envisageraient de couvrir des événements non autorisés ou de critiquer ouvertement le gouvernement pendant le sommet. La liberté de la presse est un enjeu majeur dans ce contexte, d'autant que plusieurs médias internationaux ont déjà déployé des équipes à Ankara pour couvrir l'événement.

La situation reste tendue

À quelques heures de l'ouverture officielle du sommet, la capitale turque reste sous pression. Les forces de l'ordre sont en état d'alerte maximale. Les citoyens d'Ankara subissent des restrictions de circulation, et de nombreux commerces ont fermé dans le centre-ville par mesure de précaution. L'ambiance est décrite comme pesante par les habitants.

Le gouvernement turc espère que ces mesures permettront de dérouler le sommet sans incident majeur, mais la multiplication des arrestations, notamment de journalistes, risque de ternir l'image de la Turquie sur la scène internationale. Plusieurs délégations étrangères sont arrivées dès dimanche, et les discussions officielles débuteront mardi matin.

Les prochains jours seront décisifs pour évaluer l'impact de cette politique de sécurité sur le déroulement du sommet et sur la perception qu'en auront les partenaires de l'OTAN. La question des droits de l'homme et de la liberté de la presse en Turquie pourrait être abordée en marge des réunions, même si elle ne figure pas officiellement à l'ordre du jour.