Naomi Gleit a intégré ce qui s’appelait encore Facebook il y a près de vingt ans, en tant que vingt-neuvième employée. Aujourd’hui responsable produit de Meta, elle est la collaboratrice la plus ancienne du groupe après son fondateur, Mark Zuckerberg. Désormais âgée d’une quarantaine d’années, elle confie que sa famille eut autrefois du mal à accepter ce choix professionnel. « Ma mère était très déçue, elle voulait que je travaille chez Lehman Brothers », raconte-t-elle avec un sourire. La banque d’investissement a fait faillite en 2008, déclenchant une crise financière mondiale.

Un patron « injustement » critiqué

Si Gleit reconnaît que la société a parfois « déçu ses propres standards », elle estime que la réputation de Mark Zuckerberg est largement injuste. Pour certains, le PDG de Meta incarne le patron typique de la tech, froid et impitoyable. L’acteur Jesse Eisenberg, qui l’a incarné dans le film The Social Network sorti en 2010, avait déclaré ne pas vouloir être associé à ses actions « problématiques ». Une suite intitulée The Social Reckoning mettra en scène Jeremy Strong, connu pour son rôle dans Succession, dans la peau d’un Zuckerberg plus dur et plus avisé. Interrogée sur la personnalité de son supérieur, Gleit affirme que « la différence entre ce que les gens pensent de Mark et ce qu’il est vraiment est immense ». Elle le décrit comme un « mari formidable et un excellent père de trois jeunes enfants », et salue son évolution en tant que dirigeant. Questionnée sur ce que cela représente de travailler pour lui, elle a répondu « génial », avant d’ajouter, sous les rires de son équipe, que cette appréciation figurera sans doute dans son évaluation de performance.

Les agents d’IA, « superpouvoirs » pour les PME

Naomi Gleit s’est récemment rendue au Royaume-Uni pour présenter l’une des priorités stratégiques de Meta : les agents d’intelligence artificielle. Ces programmes, plus évolués que les simples chatbots, sont capables non seulement de répondre à des questions, mais aussi d’exécuter des tâches de bout en bout. Selon la dirigeante, ces agents constituent de véritables « superpouvoirs » pour les petites entreprises. Meta prévoit de les intégrer à WhatsApp, qui compte des centaines de millions d’utilisateurs professionnels parmi les 3,5 milliards de personnes actives sur la plateforme. La société facturera aux entreprises l’utilisation de ces agents pour gérer les conversations avec leurs clients en continu, de jour comme de nuit, et leur fournir des analyses commerciales. « Nous nous concentrons vraiment sur ce dont les entreprises ont besoin, et elles nous disent qu’elles reçoivent énormément de messages », explique-t-elle. Selon elle, les agents d’IA seront plus efficaces que les outils existants.

Cependant, leur fiabilité soulève des interrogations. Meta a dû corriger récemment un défaut de sécurité qui permettait à des pirates de détourner un outil d’assistance automatisé d’Instagram pour accéder aux comptes d’autres utilisateurs. Gleit précise que ce problème n’était pas lié à l’agent lui-même et insiste sur le fait que la sécurité reste « une priorité et un objectif central ». Elle souligne que cette technologie profite particulièrement aux PME, car elle leur offre un niveau d’analyse client jusqu’ici réservé aux grandes entreprises capables d’employer de nombreux spécialistes.

Emploi : entre suppressions et nouvelles opportunités

L’essor de l’IA suscite des craintes pour l’emploi. Meta a d’ailleurs supprimé environ 10 % de ses effectifs récemment tout en augmentant ses investissements dans l’intelligence artificielle. Par ailleurs, un projet de surveillance des frappes clavier pour entraîner ses propres modèles d’IA a provoqué des remontées parmi les salariés. La société aurait depuis assoupli son dispositif, autorisant un refus par tranches de trente minutes. Gleit reste néanmoins optimiste. « L’IA transformera la main-d’œuvre », concède-t-elle, mais elle croit en l’émergence de métiers encore inconnus. « Quand j’étais jeune, mon poste de responsable produit n’existait pas parce qu’Internet n’existait pas », rappelle-t-elle. Son conseil aux jeunes inquiets pour leur avenir professionnel est simple : « Soyez curieux. »

Apprendre à coder grâce à l’IA

La dirigeante assure que l’intelligence artificielle lui a permis, pour la première fois de sa vie, d’apprendre à coder. Elle observe le même phénomène chez Mark Zuckerberg, qui codait Facebook à leurs débuts et qui a repris la programmation. « Même au travail, nous acquérons tous de nouvelles compétences », conclut-elle.