Le dynamisme économique de l’Italie du Sud n’a jamais été aussi visible. Pour la quatrième année d’affilée, le taux de croissance du Mezzogiorno surpasse celui des régions septentrionales, une inversion de tendance qui interroge sur la pérennité du traditionnel déséquilibre nord-sud. L’agglomération napolitaine, en particulier, enregistre une expansion plus rapide que celle de Milan, longtemps considérée comme le moteur unique de la péninsule.

L’effet Apple et l’attractivité retrouvée de Naples

Un des symboles de ce renouveau est l’installation d’un centre de recherche et développement du groupe Apple dans la capitale campanienne. L’entreprise américaine a choisi Naples pour y implanter une « outpost », un avant-poste technologique qui contribue à la vitalité du tissu économique local. Cet investissement, couplé à une politique régionale proactive, a stimulé l’emploi qualifié et favorisé l’émergence d’un écosystème de start-up et de PME innovantes.

Les indicateurs macroéconomiques confirment cette embellie. Les données compilées par les instituts de statistique italiens montrent que, depuis plusieurs trimestres, la valeur ajoutée produite dans le Sud augmente à un rythme supérieur à la moyenne nationale. Le secteur des services, le tourisme et la construction navale figurent parmi les principaux moteurs de cette accélération.

Un rattrapage historique en marche

Ce basculement est d’autant plus remarquable que le Sud de l’Italie a longtemps souffert d’un retard structurel : chômage élevé, infrastructures dégradées, fuite des cerveaux. La redistribution des fonds européens alloués au plan national de relance a permis de financer des projets de modernisation, tandis que les réformes de simplification administrative engagées par le gouvernement central ont amélioré l’environnement des affaires.

Certains économistes nuancent toutefois ce tableau. « Le rattrapage est réel, mais il reste fragile », estiment-ils. La croissance du Mezzogiorno repose en partie sur des effets de base – les niveaux de départ sont très bas – et sur des secteurs exposés à la conjoncture internationale, comme le tourisme et les croisières. Par ailleurs, le PIB par habitant du Sud demeure inférieur d’environ 30 % à celui du Nord.

Un défi démographique et social persistant

Malgré les signaux positifs, le Mezzogiorno doit encore faire face à des défis de taille. Le taux d’emploi des jeunes y reste inférieur à la moyenne nationale, et l’émigration des diplômés vers le Nord ou l’étranger n’a pas complètement cessé. Les disparités territoriales en matière de santé, d’éducation et de services publics restent marquées.

Les autorités locales saluent néanmoins une dynamique inédite. Le maire de Naples a souligné que la ville est désormais perçue « comme un pôle d’attractivité pour les capitaux étrangers, et non plus seulement comme une destination touristique ». De son côté, le président de la région Campanie a insisté sur la nécessité de « consolider ce momentum par des investissements dans la formation et la digitalisation ».

Vers une recomposition du modèle économique italien

Si la tendance se confirme, elle pourrait modifier en profondeur la géographie économique de l’Italie, où le fossé nord-sud était considéré comme quasi immuable. La croissance plus rapide du Sud signifie que la contribution des régions méridionales au PIB national augmente, ce qui réduit mécaniquement l’écart historique.

Pour les analystes, ce phénomène est aussi le fruit d’un rééquilibrage spontané : les coûts immobiliers et salariaux plus bas dans le Sud attirent des entreprises cherchant à délocaliser leurs activités au sein même de l’Italie. Des groupes industriels et logistiques ont récemment annoncé des projets d’expansion en Sicile, en Pouille et en Calabre.

Reste à savoir si cette embellie est durable ou si elle s’essoufflera avec la fin des subventions publiques. Le gouvernement italien, de son côté, a promis de maintenir ses efforts en faveur des zones défavorisées, notamment via la réforme de la fiscalité locale et l’accélération des chantiers d’infrastructures ferroviaires et portuaires.

L’année 2026 semble ainsi marquer un tournant. Pour la première fois depuis des décennies, ce n’est plus seulement Milan qui tire la croissance italienne, mais bien Naples et, avec elle, tout le Mezzogiorno.