La métropole napolitaine affiche une vigueur économique qui surpasse désormais Milan depuis quatre exercices consécutifs, selon les données les plus récentes. Cette inversion de tendance, qui voit le sud de l'Italie croître plus rapidement que le nord, constitue un signal fort pour l'ensemble de l'économie transalpine.

Un décrochage du modèle milanais

Alors que Milan reste le cœur financier et industriel du pays, la capitale lombarde enregistre un ralentissement de sa progression, tandis que Naples bénéficie d'une accélération soutenue. Les chiffres du produit intérieur brut régional montrent que le Mezzogiorno — l'ensemble des régions méridionales — a connu une expansion supérieure à celle des régions septentrionales pour la quatrième année. Ce phénomène interroge sur la capacité du nord à conserver son rôle de moteur unique de la péninsule.

Les économistes attribuent cette dynamique à plusieurs facteurs, dont un rattrapage structurel après des décennies de sous-investissement. Les politiques publiques ciblant les zones défavorisées, couplées à des investissements privés, commencent à porter leurs fruits. Le sud bénéficie également d'une base de départ plus faible, ce qui rend les taux de croissance relatifs plus élevés.

Apple à Naples, symbole d'une attractivité nouvelle

L'installation d'un centre de développement d'Apple à Naples illustre cette mutation. Le géant californien a choisi la ville pour y implanter une académie dédiée à la programmation et à la création d'applications, attirant des talents et stimulant l'écosystème technologique local. Cet investissement a non seulement créé des emplois directs, mais a également encouragé d'autres entreprises du secteur numérique à s'implanter dans la région.

Les retombées se mesurent dans le dynamisme du secteur des services, qui représente une part croissante de l'économie napolitaine. Le tourisme, porté par la renommée internationale de la ville et de ses environs (Pompéi, la côte amalfitaine), reste un pilier, mais les activités à plus forte valeur ajoutée — technologies de l'information, services aux entreprises — progressent rapidement.

Un rattrapage encore fragile

Malgré ces performances encourageantes, le PIB par habitant du sud de l'Italie demeure inférieur de près de trente points à celui du nord. Le fossé historique, qui s'est creusé tout au long du XXe siècle, ne se comble que lentement. Les analystes soulignent que la croissance actuelle, pour réelle qu'elle soit, doit se poursuivre sur une longue période pour parvenir à une convergence durable.

Des défis structurels persistent : taux de chômage élevé, notamment chez les jeunes, infrastructures insuffisantes, et présence encore limitée de grandes entreprises privées. Le sud de l'Italie reste également plus vulnérable aux chocs économiques, comme l'a montré la pandémie de Covid-19, qui a frappé plus durement les régions méridionales en raison de la prédominance de secteurs comme le tourisme et les services à la personne.

Perspectives pour l'ensemble du pays

Cette configuration économique inédite pourrait redessiner les équilibres régionaux en Italie. Si la tendance se confirme, les décideurs politiques pourraient être amenés à réorienter une partie des investissements publics et des incitations fiscales vers le sud, afin d'entretenir cette dynamique. Le gouvernement italien a déjà mis en place plusieurs dispositifs, dont des réductions de charges sociales pour les entreprises qui embauchent dans le Mezzogiorno, sans parvenir encore à résorber complètement l'écart.

Pour les observateurs, la question centrale demeure la soutenabilité de cette croissance. Les régions méridionales doivent désormais attirer des investissements productifs capables de générer des gains de productivité à long terme, plutôt que de dépendre uniquement de consommations publiques ou de secteurs saisonniers. La diversification économique, couplée à une amélioration de la qualité des institutions locales, apparaît comme la clé d'un rattrapage définitif.

En attendant, Naples peut légitimement revendiquer, pour la quatrième année consécutive, le titre de locomotive économique du pays, devançant Milan sur le critère de la croissance. Un symbole puissant pour une ville longtemps considérée comme un parent pauvre de l'Italie industrielle.