La prise de contrôle intégrale de British Steel par l'État britannique, entrée en vigueur cette semaine, suscite une vive controverse diplomatique et juridique. L'ancien propriétaire chinois, le groupe Jingye, a immédiatement annoncé son intention de réclamer des dommages et intérêts, tandis que Pékin a officiellement exprimé sa « ferme opposition ».

Un processus accéléré par une loi d'urgence

Mercredi, le Parlement de Westminster a adopté une législation autorisant le gouvernement à placer le secteur sidérurgique sous contrôle public dès lors qu'un intérêt général est en jeu. Moins de vingt-quatre heures plus tard, l'exécutif a actionné ce mécanisme pour nationaliser British Steel, mettant fin à des mois d'incertitude sur l'avenir du site de Scunthorpe, dans le Lincolnshire. Cette usine, qui emploie environ 2 700 personnes, est la dernière du Royaume-Uni à produire de l'acier « vierge » à partir de minerai de fer, une capacité jugée stratégique pour la sécurité économique du pays.

Le Premier ministre sortant, Keir Starmer, a justifié cette décision en affirmant que « les nations fortes doivent produire leur propre acier ». Il avait annoncé son intention de nationaliser l'entreprise deux mois plus tôt, après que les mauvais résultats des élections locales eurent fragilisé son leadership. Le départ de M. Starmer est prévu dans les prochains jours, et Andy Burnham doit lui succéder à la tête du gouvernement lundi.

Jingye dénonce une « confiscation » et saisit la justice

Le groupe Jingye, qui avait racheté British Steel en 2020 pour une livre symbolique après sa précédente faillite, a qualifié la nationalisation de « vol pur et simple » dans une publication sur les réseaux sociaux. L'entreprise affirme que le gouvernement britannique a « piétiné les règles internationales en matière d'investissement » et qu'il n'a proposé « quasiment aucune indemnisation ». Elle précise avoir engagé une procédure dans le cadre des accords bilatéraux d'investissement afin d'obtenir réparation.

Jingye souligne que la facture pour les contribuables britanniques pourrait dépasser 1,5 milliard de livres (environ 2 milliards de dollars) d'ici 2028. L'entreprise rappelle qu'elle perdait elle-même 700 000 livres par jour avant que l'État n'intervienne pour prendre le contrôle opérationnel du site en avril 2025, une mesure d'urgence destinée à empêcher la fermeture unilatérale des hauts-fourneaux.

Pékin monte au créneau

Le ministère chinois du Commerce a officiellement réagi en faisant savoir que les autorités chinoises « s'opposent fermement et sont très mécontentes de la décision du gouvernement britannique ». Dans un communiqué, il dénonce une atteinte « grave aux droits et intérêts légitimes de Jingye » et un « coup dur porté à la confiance des entreprises chinoises investissant au Royaume-Uni ».

Pékin exhorte Londres à « remplir fidèlement » ses obligations au titre du traité bilatéral d'investissement sino-britannique et à trouver une solution « acceptable pour les deux parties » concernant l'indemnisation. Le ministère ajoute que la partie chinoise « suit de près l'évolution de la situation et soutiendra les entreprises chinoises dans la défense de leurs droits », sans préciser les mesures envisagées.

Cette escalade verbale intervient alors que les relations entre Londres et Pékin sont déjà tendues. L'arrivée prochaine d'Andy Burnham au poste de Premier ministre pourrait offrir une fenêtre de dialogue, mais la question de l'indemnisation restera un point de friction.

Un coût quotidien élevé pour l'État

La nationalisation donne au gouvernement les coudées franches pour décider de l'avenir de l'usine. Les hauts-fourneaux, dont l'un (Queen Bess) est en service depuis 1938 et un autre (Queen Anne) depuis 1954, ne peuvent être arrêtés sans risquer des dommages irréversibles et des coûts de redémarrage prohibitifs. Le gouvernement a donc choisi de les maintenir en activité pour préserver la capacité de production d'acier primaire, indispensable à des secteurs comme la construction ferroviaire et la défense nationale.

Cette décision a un prix : le Bureau national d'audit estime que le site de Scunthorpe coûte déjà environ 1,3 million de livres par jour aux contribuables. Le secrétaire d'État au Commerce, Peter Kyle, a reconnu que l'État devrait assumer ces frais de fonctionnement « dans un avenir immédiat ». Il a précisé qu'un expert indépendant serait chargé d'évaluer si Jingye a droit à une indemnisation, en fonction de la valeur de l'entreprise. « Mais soyez très clairs : il y a une alternative, laisser cette entreprise faire faillite », a-t-il déclaré. « Si elle disparaît, nous perdrions notre capacité de production d'acier primaire et deviendrions totalement dépendants des approvisionnements mondiaux. »

Réactions locales en demi-teinte

Dans la ville de Scunthorpe, où la sidérurgie est ancrée depuis 130 ans, la nationalisation est accueillie avec un soulagement prudent. Phil Tennyson, ancien employé de British Steel pendant 38 ans, estime que la mesure « protégera l'avenir de nos enfants et petits-enfants », tout en regrettant que l'entreprise n'ait jamais dû être privatisée. Robert Smith, un autre habitant, juge que la nationalisation « était nécessaire » pour la défense du pays.

Cependant, des doutes subsistent sur la viabilité économique à long terme. Phil Tennyson s'interroge : « Je ne vois pas comment l'usine pourra rester rentable face à la concurrence de l'acier étranger moins cher. » Le syndicat Unite, par la voix de sa secrétaire générale Sharon Graham, a salué la nationalisation comme « un premier pas vers la transformation de notre industrie sidérurgique », appelant à des investissements massifs dans l'acier vert.

Un avenir incertain

À terme, le gouvernement ne souhaite pas rester à la tête d'une entreprise déficitaire. La stratégie à long terme prévoit le passage à des fours à arc électrique, moins polluants et moins coûteux, mais cette transition n'est pas encore possible pour tous les types d'acier utilisés par Network Rail et le secteur de la construction. En attendant, l'État britannique doit trouver un équilibre entre maintien de la souveraineté industrielle, pression diplomatique chinoise et maîtrise des dépenses publiques.