Une reprise en main par l'État pour sauver la dernière aciérie primaire

Le Royaume-Uni a officiellement nationalisé British Steel le 16 juillet 2026, mettant fin à des mois d'incertitude autour du site de Scunthorpe (Lincolnshire). L'opération, annoncée par le Premier ministre sortant Keir Starmer, vise à préserver la seule installation du pays capable de produire de l'acier « vierge » à partir de minerai de fer. En l'absence d'une telle filière, le Royaume-Uni serait devenu le seul membre du G7 à ne plus disposer de cette capacité, ce que le gouvernement jugeait incompatible avec la sécurité économique nationale.

L'État avait déjà pris le contrôle opérationnel de l'usine dès avril 2025 après que son propriétaire, le groupe chinois Jingye, a annoncé son intention de fermer les hauts-fourneaux, jugés non viables financièrement. Mais le titre de propriété restait chinois, limitant la marge de manœuvre de Londres. La nationalisation complète, rendue possible par une loi votée le 15 juillet par le Parlement, confère désormais à l'exécutif les pleins pouvoirs pour décider de l'avenir du site, tout en maintenant les fourneaux en fonctionnement.

« Spoliation caractérisée » : la colère de Jingye et de Pékin

Dès le 17 juillet, le ministère chinois du Commerce a fait part de sa « ferme opposition » et de sa « vive insatisfaction » face à cette décision. Dans un communiqué, il a estimé que Londres « a gravement violé les droits et intérêts légitimes de Jingye et porté un coup sévère à la confiance des entreprises chinoises investissant au Royaume-Uni ». Pékin a appelé les autorités britanniques à « remplir fidèlement » leurs obligations au titre du traité bilatéral d'investissement conclu entre les deux pays.

Jingye Group est allé plus loin le 18 juillet en qualifiant la nationalisation de « spoliation caractérisée » sur les réseaux sociaux. L'entreprise chinoise a menacé d'engager une action en justice contre le gouvernement britannique, l'accusant de « piétiner les règles internationales en matière d'investissement ». « Le Royaume-Uni a ignoré les investissements continus et la contribution significative de Jingye, et n'a offert qu'une compensation quasi nulle », a déclaré le groupe, qui « se réserve tous les droits légaux et les fera valoir jusqu'au bout par les voies de droit ». Une procédure fondée sur les accords bilatéraux d'investissement a d'ores et déjà été engagée, sans plus de précisions.

Un fardeau financier colossal pour le contribuable

British Steel employait environ 2 700 personnes sur le site de Scunthorpe, même si dans les années 1970 ce chiffre atteignait 22 000. L'usine perdait selon Jingye environ 700 000 livres par jour avant la reprise en main. Selon le Bureau national d'audit britannique, le maintien en activité de l'aciérie coûtait déjà à l'État près de 1,3 million de livres par jour en mars 2026. Jingye a avancé que la nationalisation pourrait coûter aux contribuables plus de 1,5 milliard de livres d'ici 2028.

Le secrétaire d'État aux Affaires et au Commerce, Peter Kyle, a reconnu que le gouvernement devrait couvrir les frais de fonctionnement « dans un avenir immédiat ». Il a précisé qu'un évaluateur indépendant déterminerait si Jingye a droit à une compensation, sur la base de la valeur de l'entreprise. « Il y a une alternative : laisser cette entreprise faire faillite, perdre la capacité de produire de l'acier primaire et devenir totalement dépendant des approvisionnements mondiaux », a-t-il ajouté.

Des réactions contrastées sur le terrain

À Scunthorpe, l'annonce a suscité un soulagement prudent. Phil Tennyson, ancien métallurgiste ayant travaillé 38 ans sur le site, a déclaré que la nationalisation « aidera à assurer l'avenir de nos enfants et petits-enfants », tout en regrettant que l'aciérie n'ait jamais dû être privatisée. Robert Smith, un employé de la gestion du trafic âgé de 61 ans, a estimé qu'elle « devait être faite » et que le pays « a besoin de British Steel pour la défense ».

Mais les doutes subsistent. Pat Stephenson, qui a travaillé dans les bureaux de l'usine dans les années 1950, a confié ne pas savoir si la nationalisation fonctionnera. Le syndicat Unite, par la voix de sa secrétaire générale Sharon Graham, a salué la décision tout en appelant à « un investissement sérieux pour créer des emplois et faire de la Grande-Bretagne un leader de l'acier vert ».

Un contexte politique instable

La nationalisation intervient alors que Keir Starmer, qui en avait fait l'annonce deux mois plus tôt, s'apprête à céder le pouvoir. Andy Burnham doit lui succéder comme Premier ministre le 20 juillet. La décision de Londres risque de tendre les relations entre le Royaume-Uni et la Chine, alors que le nouveau chef du gouvernement devra arbitrer entre fermeté et maintien de liens économiques avec la deuxième puissance mondiale.

Les hauts-fourneaux de Scunthorpe — Queen Anne, mis en service en 1954, et Queen Bess, datant de 1938 — approchent de la fin de leur vie opérationnelle. Les laisser refroidir aurait entraîné des dommages irréversibles et des coûts de redémarrage prohibitifs. L'État entend maintenir la production jusqu'à ce que des alternatives, comme les fours à arc électrique moins polluants, soient opérationnelles.