Une coalition de navigateurs web monte au créneau
La Browser Choice Alliance (BCA), qui rassemble notamment Google Chrome, Opera, Vivaldi, Midori, BrowserWorks et Wavebox, a adressé le 3 juin 2026 une lettre ouverte à Satya Nadella, le dirigeant de Microsoft. Le collectif, rejoint par des acteurs comme Mozilla Firefox, y fustige les méthodes employées par l'éditeur de Redmond pour favoriser son navigateur Edge au détriment des concurrents. « Assez, c'est assez », lancent les signataires, exigeant que soit rétablie pour les utilisateurs de Windows une véritable liberté de choix.
Des obstacles techniques et économiques dénoncés
Selon la BCA, Microsoft multiplie les entraves pour dissuader l'usage d'autres navigateurs. L'alliance pointe en premier lieu l'installation systématique d'Edge sur chaque machine Windows, associée à une impossibilité de le désinstaller sur la majorité des appareils. Elle dénonce également des « dark patterns » : des bannières intrusives apparaissent lorsqu'un utilisateur tente de télécharger un navigateur concurrent depuis Edge, avec des messages suggérant qu'il n'en a pas besoin.
Le collectif reproche aussi à Microsoft d'utiliser les mises à jour de Windows pour rétablir Edge en tant que navigateur par défaut, annulant ainsi les choix précédents de l'utilisateur. De plus, les liens ouverts depuis des applications comme Teams, Outlook, le moteur de recherche Windows ou les widgets sont systématiquement dirigés vers Edge, ignorant le navigateur par défaut configuré.
Un autre grief concerne les restrictions économiques imposées aux fabricants de PC (OEM) : pour bénéficier de certaines remises sur les licences Windows, ces derniers devraient s'engager à ne pas préinstaller d'autres navigateurs que Edge. Enfin, la BCA critique le fait que Copilot, l'assistant IA de Microsoft, ouvre désormais les liens dans un panneau latéral basé sur le moteur Edge, sans option documentée pour modifier ce comportement.
Les revendications du collectif
Pour remédier à cette situation, la Browser Choice Alliance formule plusieurs demandes concrètes. Elle exige que Microsoft permette une concurrence équitable pour la préinstallation des navigateurs, et qu'il mette fin aux « dark patterns » qui manipulent les utilisateurs. Elle réclame également le rétablissement d'un changement de navigateur par défaut en un seul clic, valable pour tous les types de fichiers (y compris les PDF), et que ce choix soit respecté pour tous les liens du système.
L'alliance demande par ailleurs que Microsoft cesse d'afficher des bannières promotionnelles exclusives pour Edge au sein de Windows, qu'il arrête d'utiliser les mises à jour du système d'exploitation pour le promouvoir, et qu'il lève les blocages du « Mode S » qui empêchent l'installation de navigateurs tiers. Aucun délai de réponse n'a été fixé pour Satya Nadella.
Un traitement différencié entre l'Europe et le reste du monde
Sous la pression du Digital Markets Act (DMA) européen, Microsoft a déjà consenti certaines concessions sur le Vieux Continent. Depuis mai 2025, les utilisateurs européens peuvent désinstaller Edge et ne sont plus soumis à des notifications permanentes pour l'adopter par défaut. La BCA exige que ces mêmes mesures soient appliquées à l'ensemble des utilisateurs dans le monde.
Cependant, Microsoft a obtenu en 2024 que la Commission européenne ne classe pas Edge comme « contrôleur d'accès » au titre du DMA, ce qui prive le collectif d'un levier réglementaire direct hors d'Europe. Opera a contesté cette décision devant la Cour de justice de l'Union européenne en juillet 2024.
Un contexte de parts de marché contrastées
Selon les données de StatCounter, Chrome détient environ 65 % des parts de marché mondial sur ordinateur, contre 5,21 % pour Edge. Firefox, lui, ne représente plus que 2,2 % au niveau mondial toutes plateformes confondues, et environ 12 % en France. Mozilla, qui dépend fortement des revenus générés par les moteurs de recherche par défaut dans son navigateur, avait déjà publié ses propres observations sur les pratiques de Microsoft quelques semaines avant la lettre de la BCA.
La Browser Choice Alliance espère que cette action publique fera pression sur Microsoft pour obtenir des changements globaux, alors qu'aucun mécanisme contraignant n'existe en dehors de l'Europe pour obliger l'entreprise à modifier sa stratégie.