Benyamin Netanyahou a engagé une campagne active pour bloquer le projet de vente de cinq chasseurs F-35 à la Turquie par l'administration Trump. Le chef du gouvernement israélien a accordé plusieurs entretiens à des médias américains, dénonçant ce qu'il présente comme une menace directe pour la sécurité d'Israël.
« Un régime turc infecté par l'idéologie des Frères musulmans qui menace de détruire le seul et unique État juif », a-t-il affirmé, estimant que l'acquisition de ces appareils de dernière génération par Ankara risquait de bouleverser l'équilibre militaire au Moyen-Orient.
Dans le même temps, Netanyahou a décidé de recourir au Congrès des États-Unis, un levier qu'il n'avait jamais actionné contre Donald Trump, qu'il a souvent qualifié de président le plus favorable à Israël. « Je ne suis pas certain qu'il soit réellement possible d'empêcher la vente de F-35 à la Turquie. Mais Israël dispose de plusieurs leviers d'action au sein du Congrès », a souligné Mike Herzog, ancien ambassadeur israélien à Washington.
Des obstacles juridiques américains
Deux textes législatifs américains pourraient permettre de retarder de plusieurs années la fourniture de ces avions. Le premier remonte à 2020 : une interdiction de vente avait été décrétée après l'acquisition par la Turquie du système de défense antiaérienne russe S-400. Pour que la transaction aboutisse, le Congrès doit annuler cette interdiction. Un responsable du ministère israélien de la Défense a expliqué que « la proximité côte à côte de ces deux armements pourrait permettre aux Russes de recueillir des données technologiques sensibles sur des appareils utilisés non seulement par Israël, mais aussi par de nombreux pays membres de l'Otan ».
Le second frein provient d'une loi votée en 2008, qui impose des vérifications supplémentaires pour tout transfert d'équipements sensibles vers un pays présentant des tensions avec un allié proche des États-Unis. Ces deux dispositifs pourraient être invoqués par les parlementaires américains pour bloquer ou différer la vente.
Des enjeux militaires et financiers considérables
Israël possède déjà 48 F-35 et en a commandé 52 supplémentaires. Le programme est financé par une aide militaire américaine annuelle de 3,8 milliards de dollars, à laquelle s'ajoutent 21 milliards de dollars accordés depuis deux ans après les affrontements avec l'Iran. Toute livraison à la Turquie serait perçue par Jérusalem comme une remise en cause de sa supériorité aérienne régionale.
La Turquie, de son côté, cherche à renouer avec les États-Unis après avoir été exclue du programme F-35 en 2020. Le président Recep Tayyip Erdogan a multiplié les gestes de rapprochement avec Washington, et la vente potentielle de F-35 constituerait un tournant dans les relations bilatérales.
Une stratégie de contournement
Netanyahou semble parier sur la procédure parlementaire américaine pour gagner du temps. En mobilisant des alliés au sein du Congrès, il espère que les consultations et les conditions imposées par les deux lois repoussent la décision à un horizon où les équilibres politiques à Washington auront peut-être changé.
L'administration Trump n'a pas officiellement répondu à ces critiques. La Maison-Blanche continue de défendre l'idée d'un resserrement des liens avec Ankara, partenaire stratégique au sein de l'Otan, tout en assurant vouloir préserver les intérêts de sécurité d'Israël.
Cette offensive israélienne intervient dans un contexte de tensions régionales accrues, où chaque nouvel équilibre militaire suscite des inquiétudes. L'issue de ce bras de fer entre Jérusalem et Washington reste incertaine, mais Netanyahou a déjà montré sa détermination à utiliser tous les canaux à sa disposition.