« Nous sommes condamnés à avoir peur », a confié Christelle Gervaise, épouse d’Alban Gervaise, assassiné le 10 mai 2022 devant une école sous les cris de « Allah akbar ». Quatre ans après les faits, elle a appris que le meurtrier, déclaré pénalement irresponsable, allait être libéré. Dans une tribune, elle et son avocat dénoncent cette décision.

Une douleur ravivée par une annonce brutale

Alban Gervaise, père de famille, avait été tué en pleine rue, sous les yeux de ses enfants, alors qu'il les emmenait à l'école. Son agresseur avait été rapidement interpellé et placé en détention. Mais après une expertise psychiatrique concluant à l'abolition de son discernement au moment des faits, il a été jugé pénalement irresponsable. Il ne peut donc pas être poursuivi pénalement.

Christelle Gervaise a fait part de son incompréhension et de sa colère. « Si un criminel n’est pas responsable, alors qui l’est ? », interroge-t-elle dans sa tribune. Elle ajoute que la perspective de la libération de l'homme qui a ôté la vie à son mari la plonge dans une angoisse permanente. « Nous sommes condamnés à avoir peur », résume-t-elle.

Les critiques sur le dispositif de l'irresponsabilité pénale

Le cas de Christelle Gervaise relance le débat sur la notion d'irresponsabilité pénale en France. Cet article du code pénal prévoit qu'une personne atteinte au moment des faits d'un trouble psychique ou neuropsychique ayant aboli son discernement ne peut être tenue pénalement responsable. Elle peut cependant faire l'objet d'une hospitalisation d'office si elle est jugée dangereuse.

Mais dans ce dossier, les autorités médicales ont estimé que l'homme ne présentait plus de dangerosité, ouvrant la voie à sa libération. Christelle Gervaise et son avocat estiment que cette décision fait peser un risque sur la sécurité publique et qu'elle nie la souffrance des victimes.

Un appel à une réforme de la justice

Dans sa tribune, Christelle Gervaise ne se contente pas de déplorer une situation personnelle. Elle appelle à une réflexion plus large sur la manière dont la justice traite les crimes commis par des personnes déclarées irresponsables. « Il faut que les victimes soient entendues et que leur sécurité soit prise en compte », écrit-elle.

Son avocat dénonce quant à lui une décision « incompréhensible » et estime que la libération de cet homme « bafoue la mémoire d'Alban ». Il appelle le gouvernement à se saisir du dossier pour modifier la législation.

La réaction des proches et des associations

Depuis l'annonce de cette libération, la famille d'Alban Gervaise a reçu de nombreux soutiens. Plusieurs associations de victimes et de défense des droits se sont également émues de cette situation. Elles réclament une meilleure prise en charge des personnes atteintes de troubles mentaux auteurs de crimes, tout en garantissant la sécurité des citoyens.

Christelle Gervaise, elle, dit vouloir se battre pour que son mari ne soit pas oublié et pour que « justice soit faite ». Elle espère que son témoignage pourra faire évoluer les choses.