Le sommet « Choose France », rendez-vous annuel destiné à promouvoir l’attractivité économique de l’Hexagone, a mis en lumière un argument de poids dans la compétition mondiale pour capter les investissements liés à l’intelligence artificielle : le nucléaire. Plusieurs annonces récentes ont en effet souligné la capacité du pays à fournir l’énergie nécessaire au fonctionnement des data centers, ces immenses centres de données dont la consommation électrique explose avec le développement de l’IA.

Derrière les milliards d’euros promis par les entreprises du secteur, la question énergétique s’impose comme le facteur clé. Les géants de la tech, confrontés à une demande croissante en puissance de calcul, recherchent des sites capables d’offrir une électricité stable, non intermittente et faible en carbone. Dans ce contexte, le parc nucléaire français, qui fournit une électricité décarbonée en continu, constitue un avantage concurrentiel déterminant.

Des investissements records à la clé

Plusieurs groupes internationaux ont profité du forum pour officialiser des projets d’implantation ou d’extension de leurs infrastructures en France. Ces annonces, qui se chiffrent en milliards d’euros, visent à construire ou à étendre des centres de données sur le territoire. L’accès à une électricité nucléaire, à la fois compétitive et décarbonée, est présentée par les responsables économiques comme l’un des principaux arguments ayant convaincu les investisseurs.

L’énergie nucléaire permet en effet de répondre à un double impératif : garantir une alimentation électrique permanente, indispensable à la continuité des services cloud et d’IA, tout en respectant les engagements climatiques de la France, qui vise la neutralité carbone à l’horizon 2050. Les énergies renouvelables, bien que croissantes, ne peuvent à elles seules offrir cette garantie de disponibilité continue sans solutions de stockage massif.

Un levier de souveraineté économique

Pour les pouvoirs publics, attirer ces investissements ne relève pas seulement d’un enjeu de compétitivité fiscale ou de main-d’œuvre qualifiée. Le nucléaire est perçu comme un levier de souveraineté économique et technologique. Alors que les capacités de calcul et les données deviennent des ressources stratégiques, héberger sur le sol national des infrastructures critiques permet de garder la maîtrise de ces actifs.

Les dirigeants des entreprises concernées, tout comme les responsables politiques présents au sommet, ont insisté sur la synergie entre le mix électrique français et les besoins de l’IA. « Sans énergie, pas d’IA », résument plusieurs observateurs. La France bénéficie ainsi d’une position unique en Europe, où le débat sur le nucléaire reste vif, alors que Paris a fait le choix de relancer la filière.

Des défis persistent

Malgré cet engouement, des obstacles subsistent. La construction de nouveaux réacteurs, comme ceux prévus dans le cadre du programme EPR, prend du temps et nécessite des investissements considérables. Par ailleurs, la Commission de régulation de l’énergie doit trouver un équilibre entre la compétitivité des tarifs proposés aux grands industriels et la facture des ménages.

L’implantation des data centers pose aussi la question de leur impact environnemental local, notamment en termes de consommation d’eau pour le refroidissement et d’artificialisation des sols. Des collectifs citoyens et des élus locaux s’inquiètent parfois de ces projets, craignant qu’ils n’accaparent une part trop importante des ressources énergétiques et hydriques.

La compétition internationale s’intensifie

La France n’est pas la seule à miser sur l’énergie pour attirer les data centers. D’autres pays, comme les États du Golfe ou les pays nordiques, mettent en avant leurs propres atouts – soleil, vent, gaz naturel – pour séduire les investisseurs. Toutefois, le nucléaire offre un avantage différenciant : une électricité décarbonée 24 heures sur 24, sans dépendre des conditions météorologiques.

Les annonces faites lors du sommet « Choose France » confirment que le pari nucléaire français séduit les acteurs de la tech. Reste à savoir si la filière industrielle hexagonale sera capable de fournir l’énergie suffisante pour accompagner la croissance exponentielle des besoins de l’IA dans les années à venir.