La chasse aux pratiques trompeuses en ligne s’est intensifiée en 2025. La patronne de la DGCCRF, Sarah Lacoche, a présenté le bilan annuel de son administration en soulignant la complexité croissante des missions liées au numérique. « On a plus de missions qu'avant, ça c'est sûr », a-t-elle déclaré, avant d’ajouter : « Et le numérique, c'est plus complexe. Pour enquêter sur les marketplaces ou sur les influenceurs, il faut mobiliser beaucoup de données. »

Des contrôles moins nombreux mais plus ciblés

Alors que les effectifs de la répression des fraudes sont restés stables, autour de 3 000 agents — dont l’essentiel sont des enquêteurs —, le nombre total d’inspections a diminué. Les moyens humains et budgétaires de l’administration sont sous pression, dans le cadre de la réduction du déficit public. Malgré cette contrainte, près d’un quart des contrôles réalisés en 2025 ont abouti à des sanctions, un taux jugé satisfaisant par la direction.

La DGCCRF a mis l’accent sur les plateformes de vente en ligne et le marketing d’influence. Le e-commerce chinois Shein a été particulièrement visé : l’entreprise a écopé d’une amende de 41 millions d’euros pour pratique commerciale trompeuse. Les griefs portent sur des promotions fictives et des allégations environnementales mensongères. Cette sanction illustre le durcissement de la répression à l’égard des grandes marketplaces, accusées de contourner les règles de la concurrence et de la consommation.

Influenceurs et intelligence artificielle sous surveillance

Le secteur des influenceurs a également été dans le collimateur des enquêteurs. Plusieurs procédures ont été engagées contre des créateurs de contenu accusés d’escroquerie ou de publicité clandestine. L’administration a renforcé sa traque des pratiques non conformes, en particulier sur les réseaux sociaux où les frontières entre avis personnel et publicité rémunérée sont souvent floues.

Par ailleurs, la montée en puissance de l’intelligence artificielle dans les interactions commerciales préoccupe les autorités. Les outils d’IA générative, utilisés pour personnaliser les offres ou générer des avis clients, pourraient être détournés pour tromper le consommateur. La DGCCRF a indiqué qu’elle adapte ses méthodes d’investigation pour détecter ces nouvelles formes de fraude, sans toutefois préciser le nombre d’enquêtes en cours sur ce volet.

Un impact financier record

Les amendes infligées en 2025 atteignent des montants inédits, portés par les dossiers du e-commerce. Les sommes collectées permettent de financer en partie les actions de contrôle, même si le budget global de la DGCCRF reste sous tension. L’administration mise sur une approche plus ciblée, concentrant ses forces sur les acteurs les plus importants et les pratiques les plus nuisibles aux consommateurs.

Au-delà du numérique, d’autres secteurs ont fait l’objet de sanctions : des dentistes indélicats ont été épinglés pour des facturations abusives, et des lots de jouets jugés dangereux ont été retirés du marché. Toutefois, la priorité accordée au digital reflète une évolution structurelle des fraudes, de plus en plus dématérialisées et transnationales.

Des défis à venir

Pour Sarah Lacoche, l’enjeu des prochaines années sera de maintenir la pression sur les géants du numérique tout en faisant face à la sophistication croissante des techniques frauduleuses. La coopération avec les autorités de régulation européennes est jugée indispensable pour contrer les plateformes implantées hors de France. Le bilan 2025 montre que, malgré des moyens contraints, la répression des fraudes parvient à s’adapter aux mutations du commerce en ligne.