Le groupe Ocado a franchi une étape décisive dans sa gouvernance en lançant une procédure de recrutement pour trouver un nouveau directeur général. Tim Steiner, cofondateur et figure emblématique de l'entreprise depuis sa création en 2000, quittera ses fonctions à l'issue d'une période de transition, cédant aux pressions d'une partie de la base actionnariale.

Un départ programmé depuis plusieurs mois

L'idée d'un changement à la tête du groupe a émergé après que des investisseurs ont exprimé leur mécontentement, tant sur la stratégie que sur la rémunération du dirigeant. Selon des informations concordantes, plusieurs actionnaires significatifs avaient réclamé le départ de Tim Steiner, tandis que d'autres, au contraire, tentaient de le maintenir en poste face à ce qu'ils considéraient comme une menace pour la stabilité de l'entreprise.

Des discussions de fond ont eu lieu au sein du conseil d'administration, où la question du remplacement a été âprement débattue. Contraint par une partie du conseil, Tim Steiner a accepté de partir, mais à condition de rester en fonction jusqu'en 2028 afin d'assurer une passation en douceur. Cette échéance lointaine vise à donner au conseil le temps nécessaire pour trouver un successeur capable de poursuivre la transformation technologique du groupe.

La chasse au nouveau patron est ouverte

La direction d'Ocado a désormais confié à un cabinet de recrutement spécialisé la mission de présélectionner des candidats. Le profil recherché est celui d'un dirigeant expérimenté, idéalement doté d'une double compétence dans le commerce de détail et les technologies. L'entreprise, qui a bâti sa réputation sur des solutions logistiques automatisées et des entrepôts robotisés, entend trouver un capitaine capable de maintenir cette dynamique d'innovation tout en redressant la confiance des marchés.

Un contexte de tensions et de défiance

Ces annonces interviennent dans un climat de vives tensions au sein de l'actionnariat. D'un côté, certains grands investisseurs ont fait pression pour que l'actuel président du conseil, Adam Warby, soit également écarté, estimant que la gouvernance actuelle n'a pas su protéger la valeur actionnariale. De l'autre côté, un groupe d'actionnaires a mené une action de dernière minute pour tenter de sauver le directeur général, jugeant son départ prématuré et risqué pour les projets en cours.

Parallèlement, la rémunération de Tim Steiner a été au centre de vives critiques. Selon les données disponibles, les divers plans de rémunération et primes accumulés par le dirigeant approcheraient les 100 millions de livres sterling. Cette somme a suscité l'indignation de certains investisseurs et d'observateurs, d'autant que la performance boursière du groupe n'a pas été à la hauteur des attentes.

Des résultats boursiers en berne

Le cours de l'action Ocado a récemment chuté, tombant à 172,2 pence, soit en dessous du prix d'introduction en Bourse de 2010, fixé à 180 pence. Ce recul a renforcé le sentiment d'urgence parmi les actionnaires qui réclamaient un changement de direction. Le groupe, qui vaut aujourd'hui bien moins que lors de son introduction, doit désormais rétablir sa crédibilité auprès des investisseurs.

Les défis du futur dirigeant

Le prochain directeur général devra gérer plusieurs chantiers majeurs : relancer la croissance des activités de détail alimentaire au Royaume-Uni, consolider les partenariats technologiques avec des enseignes internationales (notamment Kroger aux États-Unis, Casino en France ou ICA en Suède) et convaincre la City que le modèle économique est viable à long terme.

Le processus de sélection devrait s'étendre sur plusieurs trimestres. D'ici là, Tim Steiner reste aux commandes pour assurer la continuité opérationnelle, mais son départ annoncé marque la fin d'une ère pour le groupe qu'il a fondé avec trois autres entrepreneurs dans le Hertfordshire.