Une dizaine de capitales européennes ont officiellement saisi la Commission européenne afin d’obtenir un renforcement des conditions d’entrée applicables aux ressortissants russes se rendant dans l’Union à des fins touristiques. L’initiative, qui émane d’un groupe de onze États membres, vise à limiter ce qu’elles perçoivent comme un afflux croissant de vacanciers russes sur les littoraux européens, en dépit des sanctions et des tensions diplomatiques liées au conflit en Ukraine.

Les signataires de cette requête estiment que la situation actuelle est moralement et politiquement intenable. « Il est profondément troublant d’en voir un nombre croissant profiter des stations balnéaires européennes », a déclaré un représentant de la coalition, résumant le sentiment partagé par plusieurs gouvernements. La présence de touristes russes dans des destinations prisées, notamment sur les côtes méditerranéennes, est jugée incompatible avec la position de l’Union européenne vis-à-vis de Moscou.

La France ne figure pas parmi les pays ayant soutenu cette démarche. Aucune information n’a filtré sur les raisons de cette absence, ni sur l’identité précise des onze pays participants, mais des sources concordantes indiquent que la majorité des États d’Europe centrale et septentrionale, historiquement les plus fermes envers la Russie, font partie des demandeurs.

Un cadre juridique déjà restrictif mais jugé insuffisant

Depuis l’invasion de l’Ukraine en 2022, l’Union européenne a suspendu l’accord de facilitation de visas avec la Russie, ce qui a considérablement allongé les délais et alourdi la procédure d’obtention des visas Schengen. Toutefois, les voyages touristiques ne sont pas interdits en tant que tels : les citoyens russes peuvent toujours solliciter un visa de court séjour, sous réserve de remplir les conditions administratives.

Les onze États estiment que cette souplesse n’est plus appropriée. Ils demandent à Bruxelles de durcir les critères de délivrance, voire d’envisager une interdiction pure et simple des déplacements non essentiels en provenance de Russie. La proposition intervient alors que plusieurs rapports font état d’une hausse des arrivées de Russes dans certaines destinations européennes, en particulier en Méditerranée, via des vols directs ou des escales dans des pays tiers.

Une position qui divise au sein des Vingt-Sept

Cette initiative illustre les fractures persistantes entre les États membres sur la conduite à tenir avec la Russie. D’un côté, les pays les plus exposés géographiquement et militairement plaident pour une isolation totale du régime de Vladimir Poutine, y compris dans la sphère touristique. De l’autre, des capitales comme Paris, Berlin ou Rome privilégient une approche plus nuancée, craignant que des mesures trop radicales n’alimentent un récit victimaire en Russie ou ne compliquent d’éventuelles négociations futures.

La Commission européenne, saisie officiellement, n’a pas encore rendu publique sa position. Une source proche du dossier indique qu’une analyse juridique est en cours pour déterminer si une restriction généralisée des visas touristiques est compatible avec le droit communautaire et les engagements internationaux de l’Union.

En attendant, les garde-frontières des pays membres appliquent déjà des contrôles renforcés aux points d’entrée, conformément aux recommandations émises par la Commission européenne en 2022. Mais pour les onze signataires, ces mesures demeurent insuffisantes face à ce qu’ils considèrent comme une anomalie morale : voir des ressortissants russes se divertir sur les plages européennes pendant que l’armée russe poursuit son offensive en Ukraine.