L’initiative diplomatique, portée par les ministres des Affaires étrangères d’une dizaine d’États membres, a été officiellement transmise aux institutions bruxelloises. Les signataires estiment que l’afflux de voyageurs russes dans les stations balnéaires et les capitales européennes est « profondément troublant » alors que la guerre menée par Moscou contre l’Ukraine se poursuit. La demande adressée à Bruxelles vise à limiter l’octroi de visas Schengen de courte durée et à fermer plus strictement les frontières aux ressortissants russes, hormis pour des motifs humanitaires, familiaux ou liés à l’opposition politique.

Une coalition sans Paris La France figure parmi les États membres qui n’ont pas rejoint cette démarche. Le gouvernement français estime que les dispositifs actuels de filtrage sont suffisants et que des mesures supplémentaires pourraient être disproportionnées. Paris défend une ligne de fermeté sans rupture, en maintenant des exceptions pour les étudiants, les chercheurs, les journalistes et les opposants, une position qui le rend réservé face à une interdiction quasi générale.

Vers une suspension de l’accord de facilitation des visas Les pays demandeurs — dont la Pologne, l’Estonie, la Lettonie, la Lituanie, la Finlande, le Danemark, la Suède, la République tchèque, la Slovaquie, la Roumanie et la Bulgarie — souhaitent que Bruxelles suspende immédiatement l’accord de facilitation des visas en vigueur avec la Russie. Cet accord a déjà été partiellement ébranlé par des décisions unilatérales prises depuis le début du conflit, mais sa remise en cause au niveau européen donnerait une portée juridique uniforme à une politique d’éloignement.

Un symbole politique à l’approche de l’hiver La requête intervient alors que le conflit ukrainien entre dans une phase stratégique décisive. Pour les signataires, laisser des touristes russes dépenser librement dans les villes et stations de l’UE envoie un mauvais signal aux Ukrainiens comme aux opinions publiques des Vingt-Sept. Interrogé sur le sujet, un porte-parole de la Commission a indiqué que les services juridiques examinent la faisabilité de la proposition, mais qu’aucune décision n’est attendue avant la prochaine réunion informelle des ministres de l’Intérieur.

Des précédents nationaux Plusieurs des pays coalisés avaient déjà pris des mesures restrictives de leur côté. L’Estonie et la Lettonie ont fermé leurs frontières terrestres aux ressortissants russes munis de visas Schengen délivrés par d’autres États. La Finlande, après un afflux massif, a drastiquement réduit le nombre de créneaux de demande de visa. Une harmonisation au niveau communautaire devrait éviter que les touristes russes ne contournent les restrictions nationales en entrant par un État membre plus laxiste.

Des divisions persistantes au sein de l’UE Cette nouvelle offensive diplomatique ravive les tensions entre les capitales. Des pays comme l’Allemagne, l’Italie et l’Espagne se montrent réticents à une interdiction totale, craignant un précédent juridique lourd et une atteinte à la liberté de circulation. Certains responsables allemands ont jugé la proposition contre-productive, estimant qu’elle risque de pousser les Russes modérés dans l’isolement et d’offrir à Moscou un argument de propagande. D’autres, au contraire, jugent que la guerre exige une rupture nette dans les relations civiles. Le débat devrait occuper les prochaines semaines avant une possible révision du cadre commun de la politique des visas.