Sept prévenus devant la justice française

Le procès s'est ouvert le 9 juin au tribunal correctionnel de Paris pour une affaire de vols de manuscrits anciens. Sept personnes d'origine géorgienne sont poursuivies pour association de malfaiteurs en vue de la préparation d'un délit et, pour certaines, pour vol de biens culturels exposés. Deux des prévenus, sous le coup de mandats d'arrêt, sont absents à l'audience. Deux autres, déjà condamnés à l'étranger, ont été temporairement remis à la France : il s'agit de Mikheïl Z., 50 ans, condamné en Lituanie à trois ans et quatre mois de prison pour vol en bande organisée de publications du XIXe siècle, et de Beqa T., 49 ans, qui a écopé de trois ans et six mois de prison en Estonie. Les peines encourues peuvent aller jusqu'à dix ans d'emprisonnement.

Des vols commis dans des établissements prestigieux

Les faits jugés à Paris se sont déroulés en 2023. Les ouvrages dérobés proviennent de la bibliothèque Diderot de l'École normale supérieure de Lyon, de la Bibliothèque nationale de France (BNF) et de la Bibliothèque universitaire des langues et civilisations (BULAC), à Paris. Selon les éléments de l'enquête, deux équipes distinctes agissaient, souvent liées par des relations familiales ou amicales. Le mode opératoire était rodé : les suspects se présentaient dans les bibliothèques pour consulter des livres rares, qu'ils photographiaient et mesuraient. Lors d'une seconde visite, ils substituaient les originaux par des fac-similés d'une qualité quasi parfaite, reproduisant jusqu'aux taches de vieillissement. Mikheïl Z. s'est ainsi rendu une quarantaine de fois à la BNF entre mars et octobre 2023 pour consulter des manuscrits de Pouchkine, prétextant des recherches universitaires. En novembre, la bibliothèque a découvert que neuf ouvrages avaient été échangés contre ces copies, pour un préjudice estimé à 650 000 euros.

Un réseau aux ramifications européennes

Des faits similaires ont été recensés dans une dizaine de pays européens, dont la Pologne, l'Allemagne, la Suisse et la République tchèque. Cette dispersion a conduit les juges d'instruction français à envisager l'existence d'« un réseau criminel structuré ». Une équipe commune d'enquête, coordonnée par Europol et Eurojust, a permis l'arrestation de plusieurs protagonistes en avril 2024. Interrogé, Mikheïl Z. a reconnu avoir dérobé les ouvrages, mais a nié toute entente avec les autres prévenus. Il a affirmé avoir agi par appât du gain et avoir vendu les livres à un certain « Maxime », en Russie. Aucune des œuvres volées n'a été retrouvée à ce jour.

La piste politique examinée

Dans le contexte de la guerre en Ukraine, les enquêteurs n'écartent pas une motivation politique. Selon les investigations, ces vols pourraient refléter une tentative de rapatrier en Russie des éléments du patrimoine culturel russe. En juin 2024, une vente aux enchères organisée par la maison Litfond proposait la seconde édition du « Prisonnier du Caucase » de Pouchkine, correspondant à un exemplaire dérobé à la BNF. La maison d'enchères a indiqué aux autorités françaises disposer des documents d'acquisition datant de 2014-2015, ce qui interroge sur la possible complicités de réseaux en Russie.

Les bibliothèques parties civiles

Plusieurs établissements se sont constitués partie civile. L'avocat de la BNF, Me Alexandre de Konn, a déclaré que cette affaire « porte atteinte à notre mémoire culturelle collective ». Il a ajouté que l'institution « reste fidèle à sa mission : continuer à ouvrir ce patrimoine au public tout en renforçant constamment sa protection », en pensant « en siècles ». Il a exprimé l'espoir de retrouver un jour les ouvrages disparus. Le procès doit se dérouler sur quatre jours.