La stratégie ambitieuse d'Oracle dans le domaine de l'intelligence artificielle (IA) se heurte à des obstacles financiers de plus en plus sérieux. L'entreprise technologique américaine, qui cherche à devenir un acteur clé de l'infrastructure de l'IA, voit sa notation de crédit se dégrader et le coût de son endettement grimper, alors qu'elle doit financer un rythme d'investissements effréné sans compromettre davantage sa solidité financière.

Ces derniers jours, plusieurs indicateurs ont alerté les marchés. Une mesure du risque de crédit d'Oracle, qui reflète la perception des investisseurs quant à la probabilité d'un défaut de paiement, a atteint un nouveau record absolu, dépassant même les niveaux observés lors de la crise financière de 2008. Parallèlement, le coût de protection contre un défaut sur la dette de l'entreprise a grimpé à un sommet inédit depuis près de dix-huit ans, tandis que ses obligations existantes subissaient une vente massive. Ces mouvements illustrent le scepticisme croissant des investisseurs quant à la capacité du groupe à générer un retour sur ses investissements colossaux dans l'IA.

Une facture de 7 milliards de dollars pour un centre de données

Parmi les défis les plus immédiats figure la construction d'un immense centre de données dans le Wisconsin, un projet phare de la stratégie d'Oracle. Selon des informations concordantes, la société pourrait être contrainte de constituer une garantie collatérale de 7 milliards de dollars en faveur du constructeur du site, une somme qui viendrait alourdir des dépenses déjà considérables. À cela s'ajoutent des coûts énergétiques en forte hausse, qui pèsent sur les marges des opérations de data centers.

Un endettement croissant pour financer l'expansion dans l'IA

L'expansion agressive d'Oracle dans l'IA s'est accompagnée d'une augmentation massive de sa dette. L'entreprise a massivement emprunté pour financer l'acquisition de serveurs équipés de puces spécialisées (notamment les GPU de Nvidia) et la construction de nouveaux centres de données à travers les États-Unis. Cette stratégie a contribué à ce que les analystes décrivent comme un « rythme de combustion de trésorerie » (cash burn) élevé, suscitant des inquiétudes sur la soutenabilité de la trajectoire financière.

Un modèle économique mis à l'épreuve par la concurrence

Le pari d'Oracle repose sur l'idée que la demande pour la puissance de calcul dédiée à l'IA restera extrêmement forte et lucrative. Cependant, l'émergence de nouveaux modèles d'IA, notamment chinois, capables de rivaliser avec les offres d'acteurs établis comme OpenAI, jette un doute sur la rentabilité future des investissements massifs. Si ces alternatives moins coûteuses réduisent les prix du marché, les gigantesques infrastructures louées par Oracle pourraient voir leur rentabilité diminuer.

Un risque de retard dans la course à l'IA

La tension entre la nécessité d'investir et la nécessité de préserver sa notation de crédit place Oracle dans une position délicate. L'entreprise risque de se retrouver à la traîne si elle ralentit ses dépenses, mais elle s'expose à une dégradation supplémentaire de sa note si elle continue à emprunter au même rythme. Cette situation contraste avec celle de concurrents mieux capitalisés, comme Microsoft ou Amazon, qui peuvent soutenir un effort d'investissement élevé sans compromettre leur santé financière.

Les marchés financiers semblent désormais intégrer le risque qu'Oracle ait surestimé la rentabilité future de ses paris dans l'IA, ou qu'elle soit contrainte de lever des capitaux à des conditions moins favorables pour financer la suite de ses projets. Les prochains trimestres seront déterminants pour évaluer si la stratégie du groupe pourra convaincre à nouveau les investisseurs.